A Material Girl

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About ten to fifteen years ago, I decided that my body and I would live completely different lives. I didn’t like my body at all. Now I’m not just talking about not liking my legs, my left arm, the shape of my right ear, or anything like that. I loathed the fact that I needed to exist as a physical being. My only aim was to become a floating mind, so that:

– I would be able to forget all physical needs.

– I wouldn’t be dependent on anything. (Yeah, that’s what I thought… because really, if you’re not even dependent on yourself, who or what could ever keep you down?)

– I would never EVER be superficial. (Because it’s a well-known fact that people who have a body are superficial.)

– I would no longer care about being ‘pretty’ for anyone, I would no longer care about their beauty standards. (Except that this was a huge lie, you see. I wouldn’t have worn a skirt with my legs unwaxed, even when I got less than two hours of sleep at night. That was certainly not because I loved waxing more than sleeping, but because I knew people would judge me if I did show hairs on my bare legs. Dude, what an independent mind indeed!)

During all these years, every time someone commented on my physical appearance, I thought it was because they were so awfully superficial and resentful that they couldn’t deal with a free mind. – Yeah, right… That’s self-defence according to me, not going to be a best-seller I know.

Let me explain. A few people had enough guts, or cared enough about me, to say: ‘hey Lou, you look extremely tired.’ Here’s what I heard: ‘Fuck you Lou, you look so awful that I would be ashamed to go out if I were you. Social conventions force me to say that the reason for your ugly self is tiredness, but really you just look crap, no mitigating circumstances.’

When they said: ‘Lou, don’t you think you need to sleep a little bit more at night?’ I heard: ‘For God’s sake, Lou, can’t you hide your ugly face from the world? Do I really have to see that thing every day? At least if you slept, right now, I wouldn’t have to look at you. Why can’t you be as fresh as so and so?’

Until very recently, I thought that not listening to their comments and warnings was resistance to oppressing norms.

Then one day my body slapped me in the face. First time. I slept for three days and developed several infections. Didn’t pay attention.

Following that, my body kicked me in the back, stomach and shoulders for years. Never listened. Kept walking, goddamn it!

Then there was this day when my body headbutted me so hard I couldn’t get up anymore. Fucking bully.


What I had to accept, then, was unacceptable to me: like it or not, you’re living in a material world, and you’re a material girl. Now that doesn’t mean you need to shop at H & M every week. It doesn’t mean you have to worship money. I don’t. I don’t despise it either. It means you’re physical, period. You’re a material girl. You’re made of flesh and organs, just as everyone is. Which means that you can continue denying your own body, it will always remind you that it’s tougher than your mind. Because, guess what? No body, no mind. – Feel free to adapt this to a Bob Marley song, and then get up, stand up for your rights.


Acknowledging that the world is a material one helps us keep our feet on the ground. It helps us know our limits. Because we do have limits. We’re not abstract ideas or concepts. We’re real.

Also, if people remind you that you’re living in a material world, don’t get too upset. It might not be because they’re arrogant superficial capitalists, only concerned by appearances. Actually, after a while, I realised that no one told me that I look tired or sick because they wanted me to lack self-confidence. Let’s put things into perspective one more time. People are too busy living in a material world of their own to judge your every dark circle.

Don’t overthink friendly observations. People who really want to judge you and make you feel miserable wouldn’t stop at a mere: ‘oh dear, you look tired’. They would probably say: ‘you look like shit, you’re worthless’. That’s called harassment. And you certainly don’t have to listen to this bullshit. Try to find people who can help you, try not to be alone if you can. Your body is as precious as your mind, no one can make you feel otherwise.

And if you’re the one harassing yourself, similarly, try to find people who can help you. Try not to be alone if you can. Your body is as precious as your mind, even yourself can’t make you feel otherwise.


Une fille matérielle

Il y a à peu près dix ou quinze ans, j’ai décidé que mon corps et moi vivrions des vies complètement différentes. Je n’aimais pas du tout mon corps. Et je ne parle pas de ne pas aimer mes jambes, mon bras gauche, ou la forme de mon oreille droite. Non. Je détestais le fait que je dusse (comme quoi apprendre le subjonctif imparfait ça peut servir pour écrire un blog) exister en tant qu’être physique. Mon unique but était de devenir un esprit flottant, afin que :

– Je puisse oublier tout besoin physique.

– Je ne sois plus dépendante de rien (ouais, c’est ce que je pensais… Parce que sérieusement, si vous ne dépendez même pas de vous-mêmes, qui ou qu’est-ce qui pourrait bien vous maintenir la tête baissée ?)

– Je ne sois jamais, ô grand jamais, superficielle (Parce que c’est bien connu que les gens qui ont un corps sont superficiels).

– Je puisse enfin me foutre d’être « belle » pour quelqu’un, afin que je puisse enfin ignorer les standards de beauté (à part que ceci était un mensonge énorme, voyez-vous. Je ne serais jamais sortie en jupe avec les jambes non épilées, même quand je m’accordais moins de deux heures par nuit pour dormir. Ce n’était certainement pas parce que je préfèrais l’épilation au sommeil, mais parce que je savais que les gens me jugeraient si je montrais des poils sur mes jambes nues. Hé mec, quel esprit indépendant, un truc de ouf !)

Durant toutes ces années, chaque fois que quelqu’un a fait un commentaire sur mon apparence, j’ai pensé que c’était parce qu’ils étaient tellement superficiels et frustrés qu’ils ne pouvaient pas accepter un esprit libre (Ouais, c’est ça… C’est ma technique de self-défense, ça vendra pas des masses je sais bien).

Laissez-moi vous expliquer. Quelques personnes ont eu le courage de me dire, ou m’appréciait suffisamment pour me dire : « Hé, Lou, tu as vraiment l’air fatiguée ». Et ça, c’est ce que j’entendais : « Putain, Lou, tu es tellement horrible que j’aurais honte de sortir si j’étais toi. Les conventions sociales me forcent à dire que la raison à ta laideur c’est la fatigue, mais en fait tu ressembles juste à rien, aucune circonstance atténuante. »

Et quand ils disaient : « Lou, tu crois pas que tu devrais dormir un petit peu plus la nuit ? », j’entendais : « Pour l’amour du ciel, Lou, tu peux pas éviter d’imposer au monde ta sale tronche ? Est-ce que j’ai vraiment besoin de voir ça tous les jours ? Au moins si tu dormais, là, j’aurais pas à te regarder. Pourquoi tu peux pas être aussi fraîche qu’untel ou unetelle ? »

Jusqu’à très récemment, je pensais que ne pas écouter ces commentaires et ces avertissements était une forme de résistance face à des normes oppressives.

Et puis un jour mon corps m’a giflé en pleine tête. Première fois. J’ai dormi pendant trois jours et développé plusieurs infections. Je n’en ai pas tenu compte.

Suite à ça, mon corps m’a donné pas mal de coups dans le dos, l’estomac et les épaules. Jamais écouté. J’ai continué à avancer, bordel !

Quand il y a eu ce jour où mon corps, ce fouteur de merde, m’a foutu un tel coup de boule que je n’ai plus pu me lever.


Ce que j’ai eu à accepter alors m’était inacceptable : que tu le veuilles ou non, tu vis dans un monde matériel, et tu es une fille matérielle. Ça ne veut pas dire que tu dois aller faire du shopping à H & M toutes les semaines. Ça ne veut même pas dire que tu dois vouer un culte à l’argent. Ça tombe bien, je ne lui voue pas un culte. Je ne le méprise pas non plus. Bref ça veut juste dire que tu existes physiquement, un point c’est tout. Tu es une fille matérielle. Tu es faite de chair et d’organes, comme tout le monde. Ce qui signifie que tu peux continuer à nier l’existence même de ton corps, mais il te rappellera toujours qu’il est plus fort que ton esprit. Tu sais pourquoi ? Parce que no body, no mind – Libre à vous de chanter ça sur un air de Bob Marley pour mettre un peu l’ambiance.


Reconnaître que le monde est matériel nous aide à garder les pieds sur terre. Nous aide à connaître nos limites. Parce qu’on a des limites. Nous ne sommes pas des idées abstraites ou des concepts. Nous sommes réels.

Aussi, si des gens vous rappellent que vous vivez dans un monde matériel, ne vous énervez pas trop vite. Ce n’est peut-être pas parce que ce sont d’arrogants capitalistes superficiels, qui se préoccupent uniquement des apparences. En fait, au bout d’un moment, j’ai réalisé que personne ne me disait que j’avais l’air fatiguée ou malade parce qu’ils voulaient que je manque de confiance en moi. Prenons encore une fois un peu de recul. Les gens sont trop occupés à vivre dans leur propre monde matériel pour juger chacune de nos cernes.

N’interprétez pas démesurément des observations amicales. Les gens qui veulent vraiment vous juger, et qui veulent que vous vous sentiez vraiment mal, ne s’arrêteront probablement pas à un simple : « oh ma pauvre, tu as l’air fatiguée ». Ils diront probablement : « Tu ressembles à que dalle, tu vaux rien. » Ça s’appelle du harcèlement. Et vous n’avez certainement pas à écouter ces conneries. Essayez de trouver quelqu’un pour vous aider, essayez de n’être pas seul, si vous le pouvez. Votre corps est aussi précieux que votre esprit, personne ne peut vous dire le contraire.

Et si c’est vous qui vous harcelez vous-même, mêmes conseils : essayez de trouver quelqu’un pour vous aider. Ne restez pas seul si vous le pouvez. Votre corps est aussi précieux que votre esprit, et pas même vous ne pouvez dire le contraire.

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The Power of Absence

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I haven’t been online much lately. Not because I didn’t want to, but because depression has also taught me this: ubiquity isn’t a superpower. It’s a ludicrous ambition that I no longer want to fulfil.

One can easily understand why being everywhere at the same time seems like an interesting perspective. To me, for instance, it’s because if it were possible, I could be with all the people I love every day. People would say that weddings have been invented precisely for that purpose… Except that in my idea of ubiquity, you see, there’s neither feeling of guilt nor obligation, there’s neither social convention nor family pressure. Only all the people I love, and they all magically get along.

So many of us are trying to be everywhere at once. And yet, being able to be absent is one of our greatest privileges.


Too often absence is considered a pain. It means death, it means deficiency, it means being all alone, it means lacking something essential and being scared. But absence might well be the strongest form of commitment: in order to help someone, you need to be absent for many others; in order to truly assist the people you cherish, others will have to miss you for a while; in order to live a longer life, you’ll probably have to face, sadly, the death of lovely friends and parents; To figure out what you really want, and who you truly are, you’ll need to be on your own, albeit spiritually, for some time.

And to truly live these moments, to be there when you need, you may have to forget everything else. Yes, everything else. There are times you need to leave all fears and hopes behind. Why hopes? This is not a pessimistic statement. Not at all. Hopes, just as fears, must be left behind sometimes, so that we can genuinely focus on what we have, and find a way to enjoy it.


I know, dreaming is wonderful. It helps us all to hope that things are going to get better. Sometimes, however, they don’t. Again, I’m not being pessimistic, I’m being honest. In that case, when things don’t turn out to be better, what do you think would be best? To remember when things were great, or when things were… well… just about okay, because we were dreaming of something else?

Being absent can be one of the strongest forms of presence. Not hoping for anything better can be the more hopeful feeling ever. And I can’t believe my last sentences sound so much like an extract of a reduced-priced self-help book. I may well turn into a pink unicorn very soon. Watch this space…


Le pouvoir de l’absence

Dernièrement, je n’ai pas beaucoup été sur internet. Pas parce que je n’en avais pas envie, mais parce que la dépression m’a aussi appris ceci: l’ubiquité n’est pas un superpouvoir. C’est une ambition absurde que je ne cherche plus à réaliser.


On peut aisément comprendre pourquoi être partout au même moment semble une perspective intéressante. Pour moi, par exemple, c’est parce que si c’était possible, je pourrais être avec tous les gens que j’aime tous les jours. Les gens vont dire que les mariages ont justement été inventés pour ça… A part que dans mon idée de l’ubiquité, voyez-vous, il n’y a ni sentiment de culpabilité ni obligation, et il n’y a ni convention sociale ni pression familiale. Juste les gens que j’aime, et, comme par magie, ils s’entendent tous merveilleusement bien.

Tant d’entre nous essaient d’être partout à la fois. Pourtant, être capable d’être absent est l’un de nos plus grands privilèges.

Trop souvent l’absence est vue comme une douleur. Elle signifie la mort, elle signifie une carence, elle signifie être tout seul, elle signifie qu’il nous manque quelque chose d’essentiel, elle signifie avoir peur. Mais l’absence pourrait bien être l’une des formes d’engagement les plus concrètes : pour aider quelqu’un, on doit se rendre absent pour beaucoup d’autres. Pour véritablement porter assistance aux gens que nous chérissons, on doit manquer à d’autres pendant un moment. Afin de vivre une vie plus longue, on doit malheureusement probablement faire face à la mort de formidables amis et parents. Pour définir ce que l’on veut vraiment, et qui l’on est réellement, on doit être seul, ne serait-ce que spirituellement, au moins pour un temps.

Et pour véritablement vivre ces moments-là, pour être là quand on en a besoin, il nous faut peut-être oublier tout le reste. Oui, tout le reste. Il y a des moments où l’on doit laisser toute peur et tout espoir derrière nous. Pourquoi tout espoir ? Ceci n’est pas un point de vue pessimiste. Pas du tout. Les espoirs, tout comme les peurs, doivent être laissés derrière parfois, pour que l’on puisse entièrement se concentrer sur ce que l’on a, et savoir comment en profiter.

Je sais bien que rêver, c’est merveilleux. Et ça nous aide tous d’espérer que les choses iront mieux. Parfois, cependant, ça n’est pas le cas. Encore une fois, je ne suis pas pessimiste, je suis juste honnête. Dans ce cas-là où les choses ne s’arrangent pas, à votre avis, c’est quoi le mieux ? De se souvenir comme les choses étaient géniales, ou comme les choses étaient… bof… à peu près bien, parce qu’on rêvait alors à autre chose ?

Etre absent peut être l’une des plus puissantes formes de présence. Ne pas espérer quelque chose de mieux peut être un sentiment rempli d’espoir. Et je n’arrive pas à croire à quel point ces dernières phrases ont l’air issues d’un livre de développement personnel en réduc. Je pourrais bien me transformer en licorne rose prochainement. Affaire à suivre…

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How Depression Saved My Life – Part II

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The risk, with a depressed and destructive state of mind, is that you get used to it. You just live with it. Which is good in a way, I guess, because it gives you the strength to carry on whatever the circumstances. But it’s also really scary, because the more it takes over, the less likely you may be to realise that this time, things have gone too far.

When should have I said: that’s enough, now, I need to do something?

Perhaps it was the first time I forbade myself to sleep in a bed.

Maybe it was when I decided that I was not allowed any leisure, and therefore shouldn’t watch a film.

Or was it when, in fact, this leisureless life had been going on for so long that I genuinely was no longer able to watch a film? When I was lacking my very ability to focus on something else than work?

No, maybe it was when it took me three hours to get out of a place. Of any place. Because there were too many things to check, too many doors to shut, too many people I could potentially hurt.

Perhaps it was when I could no longer have a normal conversation without thinking about dead people surrounding me, invading my space.

I don’t know. What I know is that there’s of course more than one answer to this question: when do you know when you’ve gone too far?

Anytime is the good time to say you’re feeling bad, if you are indeed feeling bad. There is not necessarily a specific threshold to identify, and any scale, although helpful, doesn’t represent the only truth. If you feel that you’re harming yourself in any kind of way, it’s the right time to take immediate actions.

Being completely burned-out saved my life not only because it prevented me from getting any deeper into self-loathing, but also because it draw a clear line: I had gone too far.

It’s a shame that I needed to implose to understand that. But I don’t regret anything, because it meant that I needed to get this far to react. I wouldn’t have changed a thing in my life if I didn’t stop functioning all of a sudden. It’s very different already, and it has only been a year. As soon as I see myself becoming my own enemy again, I don’t need to watch the full battle to see me pray for merciless. I take immediate actions to change the course of events, and, most importantly, the course of my thoughts.

Depression gave me boundaries I never had before. I didn’t even like the very concept of boundary. I was of course confused: to me, boundaries were weaknesses.

You see, sometimes I’m tired. And you know what I do then? Well, I just go to sleep. Sounds pretty dumb, don’t you think? Well, sleeping when I’m tired has changed my life for the best.

I used to think that overcoming your bodily needs with your mind was a powerful act. Actually, it’s just dangerous. Fair enough if people want to take that road. I’m not going to judge them. I was just like that. Who am I to talk? But now, I know that if there’s something I need (like sleep), there’s no shame in indulging in it. I didn’t know there was a positive side to certain boundaries.


Comment la dépression a changé ma vie – 2eme partie

Le risque, avec un état d’esprit dépressif et destructeur, c’est qu’on peut s’y habituer. On fait avec. Ce qui est une bonne chose dans un sens, j’imagine, parce que c’est ce qui nous donne la force de continuer quelles que soient les circonstances. Mais c’est également effrayant, parce que plus c’est cette partie-là de nous qui prend le contrôle, moins on est susceptible de réaliser que cette fois, les choses sont allées trop loin.

Quand est-ce que j’aurais dû dire : ça suffit, maintenant, je dois faire quelque chose ?

Peut-être la première fois que je me suis interdit de dormir dans un lit.

Ou peut-être quand j’ai décidé que je ne devais m’autoriser aucun loisir, et que je ne devais donc pas regarder de film.

Ou est-ce que c’était quand cette vie dénuée de loisirs avait duré si longtemps que je n’étais même plus capable de regarder un film ? Quand il me manquait jusqu’à la simple capacité de me concentrer sur autre chose que du travail ?

Non, peut-être que c’était quand il m’a fallu trois heures pour sortir d’un endroit. De n’importe quel endroit. Parce qu’il avait trop de choses à vérifier, trop de portes à fermer, trop de gens à qui je pouvais potentiellement faire mal.

Peut-être que c’était quand je ne pouvais plus avoir une conversation normale sans penser à des gens morts tout autour de moi, envahissant mon espace.

Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est qu’il y a plus d’une réponse à cette question : quand est-ce qu’on sait quand on est allé trop loin ?

N’importe quel moment correspond au bon moment pour dire qu’on se sent mal, si on se sent mal. Il n’y a pas nécessairement de seuil spécifique à identifier, et toute échelle, bien qu’elle soit utile, ne peut représenter la vérité absolue. Si on pense qu’on en train de se faire du mal, de n’importe quelle façon, c’est le bon moment pour réagir, et réagir immédiatement.

Etre en burn-out complet m’a sauvé la vie non seulement parce que cela m’a empêché de m’enfoncer plus profondément dans le dégoût de moi-même, mais aussi parce que cela a tracé une ligne claire : j’étais allée trop loin.

C’est dommage qu’il m’ait fallu imploser pour comprendre ça. Mais je ne regrette rien, parce que cela voulait dire que j’avais besoin d’aller si loin que ça pour réagir. Je n’aurais rien changé à ma vie si je n’avais pas soudainement arrêté de fonctionner. C’est déjà très différent, et ça ne fait qu’un an à peine. Dès que je me vois redevenir ma propre ennemie, je n’ai pas besoin de regarder toute la bataille pour me voir enfin demander grâce. Je prends des mesures immédiates pour changer le cours des événements, et surtout, le cours de mes pensées.

La dépression m’a donné des limites que je n’avais jamais eues. Je n’aimais même pas le concept de limite. Je me trompais : pour moi, toute limite était une faiblesse.

Vous voyez, des fois je suis fatiguée. Et vous savez ce que je fais ? Ben je vais me coucher. Ça a l’air plutôt con, non ? Ouais, mais dormir quand je suis fatiguée, ça a juste changé ma vie.

Avant, je pensais que surmonter les besoins du corps par l’esprit signifiait faire acte de puissance. En fait, c’est juste dangereux. Pas de souci si des gens veulent choisir cette route. Je ne les juge pas. J’étais exactement comme ça. Qui suis-je pour parler? Mais maintenant, je sais que si j’ai besoin de quelque chose (comme de dormir), il n’y a aucune honte à avoir à accepter d’y succomber. Je ne savais pas qu’il pouvait y avoir un côté positif à certaines limites.

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How Depression Saved My Life – Part I

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I’m fully aware that this is quite an awkward intro, but today I’d like to talk about how an extremely severe depression (ending with a glorious burn-out) saved my life. I guess you have a few questions in mind right now…

First question: Am I a masochist? Well, if I am, I’m a very lousy masochist, then, because I don’t remember having any pleasure in it.

Second question: am I saying that depression is the best thing that happened to me? No, you see, I’m not that stupid (it depends though…). I wish you will never suffer from any mental health illness. But the truth is, if you’re lucky as I am, it will make you consider life and events as you never, ever experienced them before.


So third question: am I seriously writing a post to say, with very long and therefore useless sentences, that what doesn’t kill you make you stronger? No. I’m not stronger. I have the same strengths and weaknesses. But what has changed forever is the way I consider these strengths and weaknesses.

Not only am I way better than I was one year or two years ago, when I was sleeping an average of four hours per night, and not even in a bed but anywhere uncomfortable enough – self-loathing can lead you quite far. As I was saying, not only am I way feeling better, but depression changed my life forever, and never would I have been so optimistic if it wasn’t for this incredibly difficult time I had to go through.

Before sinking into OCD – obsessive-compulsive disorder – which was diagnosed for the first time more than ten years ago, and before getting completely stuck in a depressive state of mind, I was a pessimist. Except that I thought it was, in fact, lucidity. Sadly, to me, an optimist was just a proud ignorant…

I was also, which could appear contradictory at first, sincerely enthusiastic at times. My friends and family know that it was very common for me to get passionate about a good movie, beautiful landscapes, or a cup of jasmine tea. I could almost scream my passion away. But then, all alone, the whole day would go dark again, leaving me only to remember that good things weren’t significant, they were only short lies in a lifetime of painful discourse.

To keep it short, I certainly wouldn’t have called myself a positive person.

I was harsh. Especially towards me. I could get really happy for someone else, but very rarely for me. And everything great happening was soon overcome by negative thoughts: OK, so now, the next challenge is going to be even harder. I used to question every single objective I met.

Because of my OCD (to those who don’t know what that is, I encourage you to consult the NHS page here), I became exceptionally creative when it came to questioning my achievements, and proving myself that I didn’t deserve any reward nor satisfaction.


Although it’s still really hard for me to admit that I did those things, I believe I need to give specific examples here. Not because I’m a narcissistic – clearly, what I’m about to say is not going to make you think: dude, she’s so cool… But having talked to many people lately, who were ashamed and scared of their own mental health issues, I realised that acknowledging true events can help some people out there. Should it be just to make you think for five seconds: you’re not alone, don’t worry, and it can get so much better, it would be worth it.

I’ll stick to academic requirements and achievements this time, since as I previously said, an unhealthy relationship to work can be a very powerful and destructive trigger.

So here it goes. Here’s the sort of things I used to do for self-destruction:

– After submitting a first draft of an essay (not even graded), I spent ten days crying because I thought that for one paragraph in these 15 pages, I didn’t use the correct font… I called two people to ask them how I could steal the essay, correct it, and then put it back again… Yes, just because the font of one paragraph seemed to me incorrect. (– by the way, it was the correct one). Then I called the same two people to ask them whether just thinking about such a plan (obviously, there was no way I was going to do it with my guilt!) was against the academic regulation of my institution.

– Because I was afraid that the post would lose my thesis and that I would need to reimburse my three-year studentship, or that I wouldn’t be able to re-enrol for the extension period – which I didn’t use at all – I bought a £300 flight to bring it in person, which of course wasn’t necessary.

– I printed my thesis five times to correct, each time, two typos, thinking that the examiners would fail me because of them.

– When I was waiting for my graduation, I called my former university to ask them if I really was awarded a Master, as I was terrified that I lied on my CV without even being aware.

– When the secretary kindly told me that of course I was awarded a Masters degree, I asked the poor woman: ‘but do you think I really deserved it?…’ To which, of course, there was no other answer than: ‘Ma’m… are you okay??’

I could go on and on. But I guess you got the idea. Every success or achievement had to be sabotaged by my troubled mind. I swear that I’ve tried for years to change. I was stuck. I was ill.

I remember people saying: you have to put things in perspectives. But HOW do you do that? I had no idea. People told me: ‘look, it’s just a non-graded essay’. But I can swear I thought that something terrible would happen to someone because of a stupid mistake of mine. My biggest fear has always been to hurt someone.

– I thought that if I didn’t use the right font, my lecturer would get so disappointed by my performance that he would think it wasn’t worth being a teacher. He would then question her or his professional choices for weeks.

– I thought that if I failed my thesis, an article would be written in some newspapers about how bad support was at my Uni, and people would get fired because of me.

– I thought that if I had lied on having a Masters degree, I was completely crazy, not really living in my own body, having no memories of my own… I thought my life itself was ghostly, the product of someone else’s imagination.

As you read this, you may think: oh, dear. That’s a one-way road. How can you even think straight after that?
Well, thanks to the incredibly supportive environment I have benefited from (and I mean partner, family, friends, colleagues, doctors and even complete strangers in the street sometimes), not only am I recovering, but I’m discovering a new me. Sounds cliché, I don’t care.

Finally, I live in the moment. No: ‘oh, today’s gonna be hard…’ Instead: ‘waking up is the GREATEST feeling ever! And I see baby ducks from my window! How cool is that??’

Finally, I’ve understood that work, however fascinating, is work. And life, well… There’s a difference here, and you must see it. How good is a great job anyway if you’re burned-out?

Of course there are still times I struggle, days I cry because I can’t feel sure that I locked the door. There are still times I fear that I lack reality… Of course I still wake up at night screaming sometimes, because the guilt and doubt will forever live in my entrails. But even with these down sides, I know that life is awesome, and that I’m incredibly lucky. I’ve met more extraordinary people in my life than I would ever be able to love as much as they deserve. I’m so happy that depression finally changed me. I was broken, now I know I’m getting fixed.

So I’m thinking: well, if I can feel this way about life, although I’m still having terrible nightmares even when I’m awake… I just can’t believe how fucking great life’s gonna be when I’ll have fully recovered. I can’t wait.


Comment la dépression m’a sauvé la vie – 1ère partie

Je suis bien consciente que cette introduction est plutôt étrange, mais aujourd’hui j’aimerais raconter comment une dépression sévère (qui a fini en glorieux burn-out) m’a sauvé la vie. J’imagine que vous avez quelques questions à l’esprit, du coup…

Première question : suis-je masochiste ? Ben disons que si j’en suis une, je ne suis vraiment pas terrible en masochiste, parce que je ne me rappelle pas avoir pris du plaisir là-dedans.

Deuxième question : suis-je en train de dire que la dépression est la meilleure chose qui me soit arrivée ? Non, vous voyez, je ne suis quand même pas stupide (enfin disons que ça dépend). Je souhaite que vous ne souffriez jamais d’un trouble mental. Mais la vérité, c’est que si vous avez autant de chance que moi, alors la dépression vous amènera à envisager la vie et ses événements comme vous ne les aviez jamais, ô grand jamais envisagé.

Alors, troisième question : suis-je sérieusement en train d’écrire un post pour dire, à travers de très longues phrases forcément inutiles, que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ? Non. Je ne suis pas plus forte. J’ai les mêmes forces, les mêmes faiblesses. Mais ce qui a changé, c’est la manière que j’ai d’envisager ces forces et ces faiblesses.

Non seulement je me sens beaucoup mieux qu’il y a un ou deux an(s), à l’époque où je dormais en moyenne quatre heures par nuit, et même pas dans un lit, mais n’importe où de suffisamment inconfortable (le dégoût de soi peut nous emmener relativement loin), mais je peux dire que la dépression a définitivement changé ma vie, et je n’aurais jamais été aussi optimiste si je ne n’avais pas traversé cette phase douloureuse.

Avant de plonger définitivement avec mes TOC (troubles obsessionnels-compulsifs), dont le diagnostic fut posé pour la première fois il y a dix ans, et avant de me retrouver complètement coincée dans un état d’esprit dépressif, j’étais pessimiste. Sauf que je croyais que c’était de la lucidité. Malheureusement, pour moi, un optimiste était simplement un ignorant fier de l’être.

Mais j’étais également, de temps en temps, sincèrement enthousiaste. Je sais que cela peut sembler contradictoire au premier abord. Mes amis et ma famille savent qu’il était courant que je me passionne pour un bon film, de beaux paysages ou une tasse de thé au jasmin. Ma passion, j’en criais presque dans ces moments-là. Mais ensuite, revenue seule, la journée renoircirait, me laissant simplement le souvenir que les choses positives n’étaient pas représentatives, qu’elles n’étaient que de courts mensonges au milieu d’une vie de discours douloureux.

Bref, je ne me serais certainement pas définie comme étant une personne positive.

J’étais dure. Surtout avec moi-même. Je pouvais être vraiment heureuse pour quelqu’un d’autre, mais très rarement pour moi. Et tout ce qui se passait de bien était bientôt enterré par des pensées négatives : D’accord, alors maintenant, le prochain défi sera encore plus dur. Je remettais en question chaque objectif que j’atteignais.

A cause de mes TOC (pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, je vous encourage à consulter cette page), je suis devenue infiniment créative en ce qui concerne la remise en question de mes accomplissements, pour me prouver que je ne méritais aucune récompense ni satisfaction.

Bien qu’il soit encore dur pour moi d’admettre que j’ai fait ces choses-là, j’ai le sentiment qu’il me faut ici donner des exemples précis. Pas parce que je suis narcissique – clairement, ce que je suis sur le point de dire ne va pas vous amener à penser : regarde mec, elle est tellement cool… Mais ayant récemment parlé à beaucoup de gens qui avaient honte ou peur de leur propre problèmes mentaux, j’en suis venu à réaliser que reconnaître des éléments réels pouvait peut-être aider quelqu’un ici. Ne serait-ce que si pendant cinq minutes, vous pouvez vous dire que vous n’êtes pas seul, qu’il ne faut pas vous inquiéter car cela peut aller incroyablement mieux, alors ça aura valu le coup.


Je m’en tiendrai aux accomplissements en lien à l’université cette fois, puisque comme je l’ai déjà dit, une relation malsaine au travail peut être un facteur très puissant de destruction.

Alors voilà. Oui voilà le genre de trucs que je faisais en rapport à l’auto-destruction :

– Après avoir rendu une dissertation n’ayant pas même vocation à être notée, j’ai passé dix jours à pleurer parce que je pensais que pour un des paragraphes présents dans un ensemble de 15 pages, je n’avais pas utilisé la bonne police de caractère. J’ai appelé deux personnes pour leur demander comment je pourrais voler la dissertation, la corriger, et la remettre à sa place… Oui, simplement parce que la police de caractère me semblait ne pas être la bonne (d’ailleurs, pour information, c’était la bonne…). J’ai ensuite rappelé ces deux mêmes personnes pour leur demander si simplement penser à un tel stratagème (bien sûr, il était évident que je n’allais pas le faire, vu mes problèmes de culpabilité !) allait à l’encontre du règlement de mon institution.

– Parce que j’avais peur que la poste perde ma thèse et que je devrais donc rembourser trois ans de bourse doctorale, ou que je ne pourrais pas me réinscrire pour la période supplémentaire donnée d’office (que je n’ai pas du tout utilisée), j’ai acheté un billet d’avion à trois cent livres sterling pour l’amener en personne, ce qui n’était évidemment pas nécessaire.

– J’ai imprimé cinq fois ma thèse pour corriger, à chaque fois, deux fautes de frappe, car je pensais que mon jury ne validerait pas mon doctorat à cause de ces fautes-là.

– Alors que j’attendais ma remise de diplôme, j’ai appelé mon université précédente pour leur demander si j’avais vraiment obtenu un diplôme de Master, parce que j’étais terrifiée d’avoir menti sur mon CV sans même m’en être rendre compte.

– Quand la secrétaire m’a gentiment dit qu’en effet, on m’avait bien délivré le diplôme de Master, j’ai demandé à cette pauvre femme : « mais est-ce que vous pensez que je le méritais ?… » Ce à quoi, bien sûr, la seule réponse possible avait été : « euh… Madame, vous vous sentez bien ? »

Je pourrais continuer cette liste. Mais je pense que vous avez saisi l’idée. Chaque succès, chaque accomplissement devait être saboté, dans mon esprit confus. Je jure que pendant des années j’ai essayé de changer. J’étais coincée. J’étais malade.

Je me rappelle que les gens me disaient: tu dois relativiser les choses. Mais COMMENT est-ce qu’on fait ça ? Les gens me disaient : « non mais regarde, ça n’est même pas un essai noté ». Mais je peux jurer que j’étais persuadée que quelque chose de terrible allait arriver à quelqu’un à cause d’une de mes stupides erreurs. Ma plus grande peur a toujours été de faire du mal à quelqu’un.

– Je pensais que si je n’avais pas utilisé la bonne police de caractère, mon professeur serait tellement déçu par ma faible performance qu’il penserait que ça ne valait même pas le coup d’être prof. Il remettrait alors en question ses choix professionnels pendant des semaines.

– Je pensais que si je n’obtenais pas ma thèse, on écrirait un article dans un journal quelconque, insistant sur le soutien non adapté fourni par mon université, et des gens seraient virés à cause de moi.

– Je pendais que si j’avais menti à propos de mon Master, j’étais complètement folle, que je ne vivais pas dans mon propre corps, que je n’avais pas de souvenirs en propre… Que ma vie était fantomatique, le produit de l’imagination de quelqu’un d’autre.

Pendant que vous êtes en train de lire ça, vous devez vous dire : oh ma pauvre. Ça, c’est une route à sens unique. Comment tu arrives à repenser normalement après ça ?

Eh bien, grâce au soutien incroyablement fort dont j’ai bénéficié (et je pense à mon partenaire, à ma famille, à mes amis, à mes collègues, à mes médecins, et aussi à de véritables étrangers dans la rue parfois), non seulement je suis en train de m’en remettre, mais je me découvre un autre moi. Ça a l’air cliché, mais je m’en fous.

Enfin, je vis dans le moment présent. Pas de : « Oh non, aujourd’hui ça va encore être dur… » A la place, je me dis « se lever, c’est la MEILLEURE sensation du monde ! Et je vois des bébés canards depuis ma fenêtre, c’est pas excellent, ça ? »

Enfin, j’ai compris que le travail, même fascinant, restait un travail. Et que la vie, ben… Il y avait une différence ici, et qu’on devait la voir. Et comment un boulot pouvait-il être super si de toute façon, on était en burn-out complet ? »

Bien sûr qu’il y a encore des moments où je lutte, des jours où je pleure parce que je n’arrive pas à être sûre que j’ai bien fermé la porte à clef. Bien sûr que je me réveille encore certaines nuits en criant, parce que la culpabilité vivra pour toujours dans mes entrailles. Mais même avec ces inconvénients, je me dis que vivre est génial, et que j’ai énormément de chance. J’ai rencontré plus de gens extraordinaires dans ma vie que je pourrais en aimer autant qu’ils le méritent. Je suis tellement heureuse que la dépression m’ait transformée. J’étais cassée, maintenant on me répare.

Alors voilà ce que je me dis : hé bien si j’arrive à penser ça de la vie alors que j’ai encore de terribles cauchemars, même éveillée… Merde, je n’imagine même pas comme vivre sera excellent quand je serai vraiment guérie. Putain, j’ai hâte.

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Happiness VS Freedom

french flag pastel

For years, I’ve said: ‘I don’t care about being happy. I don’t have time for that. I’m too busy trying to be free’. It was a sentence I first used when someone asked me if the lifestyle I imposed myself wasn’t too difficult: no leisure or so little, sleep deprivation, etc. I found my own formulation to be quite effective, as in it reassured me. So I cherished it. It became my motto, my leitmotif.

At the time, I thought that looking for happiness was a weakness. I thought, look, if you want to be happy:
– you’re going to get attached to people. And when they’re going to leave – because of course they are, – it’s going to be awful
– you’ll need to be selfish all the time, ignorant even, because how would you dare trying to be happy considering everything that happens around you?
– You’re going to be shallow. Happiness seems to be a synonym for superficiality. Because deep down, you can’t really be happy. That’s a statement: you just can’t.
– Yeah, that’s right, if you’re happy, you’re a liar.

I didn’t think that any of these beliefs reflected my depressive tendency, because I thought that I wanted to be free instead.

So clearly, this craving for freedom meant that I had a goal, and I considered it a good one, a worthy one. Now let’s see what freedom meant to me:
– Be on my own, so that I won’t be a burden to anyone.
– Be perfect, so that no one could reproach me anything. I would then break free from criticism. – What do you mean, this sounds like a paradox?
– Constantly looking for intellectual challenges, so that I would never get shallow. No superficiality tolerated (this includes rest and sleep– you can’t learn by sleeping, you see.)

Needless to say, these goals were not only unattainable, but also highly toxic.

I remember that during my first years at Uni, a lecturer that I truly admire told me: “you really need to take care of yourself”. It was quite a surprise to me that such a brilliant mind would consider the bodily needs, the unintellectual, to be important… And of course culture seemed to me the first necessary step to a certain freedom. Much more necessary than a healthy relationship with my body.

I think a mix of factors encouraged me to wish that I would become this thinking shell I’m describing here. Firstly, as a woman, I had to look twice as clever to be considered a potential interlocutor in some debates and discussions. Secondly, some people would look down on me from liking popular culture, so I had to get twice as many legitimate references to stop people from saying: ‘yes, but you listen to Beyonce anyway, so you can’t have real opinions about art.’ Thirdly, I was lacking self-confidence. Finally, and quite simply, I thought that happiness was a myth invented by people who were scared of the absurdity of life, and couldn’t accept the fact that it had no meaning – that is, other than being oppressed and oppressing others.

Don’t worry, it gets better. I’ve felt so incredibly powerful moments of joy recently, in the simplest things, that I can no longer say happiness doesn’t exist. Especially since only a few months before, I thought that I had nothing else to experience, ever, that I was done, that it was all meaningless.

Even better: I don’t mind if what I just said makes me look weak, naive, or dumb.

Let me take an example here. For years, I thought that I could never live with someone I loved. Because it would be too dangerous. I would make compromises (the horror!), I would ‘belong’ to someone, and this someone will necessarily end up telling me what I should or shouldn’t do. Also, I’d become so busy cooking for two that I would never read a single line again. And I would be obliged to get married and to have children, because why else would you need to be a couple?

I live with someone now. Sure, we make compromises. But they’re so minimal compare to what I used to think they would be. Also, my partner clearly doesn’t tell me what I should or shouldn’t do. Likewise, I never felt he needed my guidance to live his life the way he wants.

I’m not saying: ‘you should get in a couple to be happy’. Not at all. This is the opposite of what I’m trying to say, actually. What I’m saying is: don’t think it’s a weakness to look for happiness, and don’t see yourself as weak if elements of your potential happiness don’t match your life-long principles.

Because I hated the very institution of the couple, I never considered whether or not I would like to experience it. Equally, some other people would never experience being alone, even though they would love to, because they feel forced, in some way, to live with someone.

If you feel that in order to be happy, you should travel the world on your own from tomorrow on, quit your job and do it. And bon voyage!

If you feel that on the contrary, you need a very strong base to feel secure and therefore happy, because the two have to go together for you, then don’t be afraid to share these needs with people you care about. If they escape, let them go: they can’t represent that secure base you need.

If you feel that getting married and having children is necessary for you to be happy, then I wish that your dreams come true.

If you’d rather have ten lovers, then I also hope this will come true too.

If (that’s my case) you neither want to get married nor to have children: do it and enjoy your life. But allow you the right to get attached to people too. It doesn’t mean you have to marry them.

In any case, don’t try to convince others that what you think works for you is happiness for everyone. It sure isn’t. Happiness is polymorphous. But it isn’t a myth.



Bonheur contre Liberté

Pendant des années, j’ai dit: « je me fous d’être heureuse. Je n’ai pas le temps pour ça. Je suis trop occupée à essayer d’être libre. » C’est une phrase que j’ai utilisée la première fois quand quelqu’un m’a demandé si le style de vie que je m’imposais n’étais pas trop difficile : pas de loisirs ou si peu, manque de sommeil, etc. J’ai trouvé ma formulation plutôt efficace, en ce qu’elle me rassurait. Alors je l’ai chérie. C’est devenu ma devise, mon leitmotiv.

À ce moment-là, je pensais que le bonheur était une faiblesse. Je pensais, regarde, si tu veux être heureuse :
– Tu vas t’attacher aux gens. Et quand ils vont partir – car bien sûr ils partiront – ça va être horrible.
– Tu vas devoir être égoïste constamment, ignorante même, car comment oserais-tu essayer d’être heureuse avec ce qui se passe autour de toi ?
– Tu vas devenir superficielle. Le bonheur a même l’air d’être un synonyme de « superficialité ». Parce qu’au fond, tu ne peux pas vraiment être heureuse. C’est une affirmation : tu ne peux pas l’être.
– Ouais, en fait, c’est ça : si tu es heureuse, c’est que tu mens.

Je pensais qu’aucun de ces arguments ne reflétait une tendance dépressive, parce que je pensais que je voulais être libre à la place. Alors clairement, ce puissant désir de liberté signifiait que j’avais un but, et je pensais que c’était un bon objectif, un objectif digne. Mais voyons ce que « liberté » signifiait pour moi :
– Etre toute seule, pour n’être un poids pour personne.
– Etre parfaite, pour que personne ne me reproche rien. Je serais alors libérée de la critique (Qu’est-ce que vous voulez dire, ça m’a l’air d’un paradoxe ?)
– Toujours chercher des défis intellectuels, pour que je ne devienne jamais superficielle. Aucune futilité tolérée. Ceci inclut le repos et le sommeil, car on ne peut pas apprendre en dormant, voyez-vous.

Inutile de le préciser, ces objectifs étaient non seulement inatteignables, mais également hautement toxiques.

Je me souviens que pendant mes premières années à la fac, un prof que j’admire réellement m’avait dit : « tu dois absolument prendre soin de toi ». Ça avait été une véritable surprise qu’un esprit aussi brillant considère les besoins du corps, le non-intellectuel, comme important(s). Et bien sûr, la culture me semblait, plus qu’un rapport sain à mon corps, la première étape vers une certaine liberté.

Je pense qu’un ensemble de facteurs m’a poussé à vouloir devenir cette coquille pensante que je décris ici. D’abord, en tant que femme, je devais avoir l’air deux fois plus intelligente pour être considérée comme une interlocutrice potentielle dans certains débats et lors de certaines discussions. De plus, certaines personnes me méprisaient parce que j’aimais la culture populaire, donc je devais acquérir deux fois plus de références légitimes pour ne pas que les gens me répondent : « oui, mais toi en même temps tu écoutes Beyonce, alors tu ne peux pas vraiment avoir d’avis sur l’art. » Ensuite, parce que je manquais de confiance en moi. Finalement, et plutôt simplement, je pensais que le bonheur était un mythe inventé par des gens effrayés par l’absurdité de la vie, et qui ne pouvaient accepter qu’elle n’ait aucun sens, sinon d’être oppressé et d’oppresser les autres.

Ne vous inquiétez pas, ça s’arrange par la suite… J’ai ressenti des moments de joie tellement puissants récemment, dans les choses les plus simples, que je ne peux plus dire que le bonheur n’existe pas. Particulièrement du fait qu’il y a quelques mois à peine, je pensais que je ne vivrai plus rien, que c’était fini, que ça n’avait absolument aucun sens.

Mieux même: cela m’importe peu maintenant si ce que je viens de dire me fait passer pour une naïve, une faible ou une abrutie.

Laissez-moi prendre un exemple ici. Pendant des années, j’ai pensé que je ne pourrais jamais vivre avec quelqu’un que j’aimais. Parce que ça serait trop dangereux. Je devrais faire des compromis (quelle horreur !), j’ « appartiendrais » à quelqu’un, et ce quelqu’un finirait forcément par me dire ce que je devrais ou ne devrais pas faire. De plus, je serais si occupée à faire la cuisine pour deux que je ne lirai plus jamais une ligne. Et je serais obligée de me marier et d’avoir des enfants, parce que pourquoi, autrement, est-ce qu’on aurait besoin d’être en couple ?

Maintenant je vis avec quelqu’un. C’est sûr, on fait des compromis. Mais ils sont minimes par rapport à ceux à quoi je m’attendais. Et puis, très clairement, mon partenaire ne me dit absolument pas ce que je dois ou ne dois pas faire. De la même manière que je n’ai jamais pensé qu’il avait besoin de mes consignes pour vivre sa vie comme il l’entendait.

Je ne suis pas en train de dire: « vous devriez vous mettre en couple pour être heureux ». Pas du tout. C’est l’opposé de ce que j’essaie de dire. Ce que je dis, c’est: ne pensez pas que vouloir être heureux est une preuve de faiblesse, ne vous voyez pas comme faible si certains éléments de ce bonheur potentiel ne correspondent pas aux principes de toute une vie.

Parce que j’avais en horreur l’institution du couple, je ne m’étais jamais demandé si je voulais ou non la vivre. De la même manière que certaines personnes ne seront jamais seules, même si elles en rêvent, parce qu’elles se sentent obligées, quelque part, de vivre avec quelqu’un.

Si vous pensez que pour être heureux, vous devriez voyager dans le monde entier, seul, dès demain, alors démissionnez et faites-le. Et bon voyage !

Si vous pensez au contraire que vous avez besoin d’une base solide pour vous sentir heureux et en sécurité, car les deux vont ensemble pour vous, alors n’ayez pas peur de parler de ces besoins aux personnes qui vous sont proches. Si elles s’enfuient, laissez-les partir : elles ne peuvent pas représenter cette base sécurisante dont vous avez besoin.

Si vous pensez que vous marier et avoir des enfants est nécessaire à votre bonheur, alors j’espère que ces rêves se réaliseront.

Si vous voulez avoir dix amants et/ou amantes plutôt qu’un couple, je vous le souhaite également.

Si (et c’est mon cas) vous ne voulez ni vous marier ni avoir d’enfants, faites et profitez de votre vie. Mais sachez que vous avez aussi le droit de vous attacher à quelqu’un… Vous n’avez pas forcément à vous marier.

Dans tous les cas, n’essayez pas de convaincre les autres que ce qui marche pour vous, c’est le bonheur assuré pour tout le monde. Ça ne l’est pas. Le bonheur est polymorphe. Mais ça n’est pas un mythe.

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Open-mindedness

french flag pastel

It’s really tempting to look for clear, external signs of open-mindedness in people. Actually, it’s even more tempting to define yourself as open-minded, so that you can use your own characteristics as the standard on which any subsequent assessment will be made. How convenient! Because who, apart from conservative leaders perhaps, don’t like to picture themselves as open-minded?

When I was a child, I believed that travelling automatically made people more open-minded. It seemed obvious. You go to new places, meet new people, open yourself up to new cultures. I’m sorry to admit that at that time, I equally thought that anyone who hadn’t travelled was necessarily less open-minded that someone who had.

This naive prejudice is all the more important since I belong to the Ryanair generation. For instance, as a very young adult, I’ve flown to – and back from – Scotland or Italy for around fifteen euros.

Abroad, I met my peers. The Ryanair-generation individuals. Of course we were convinced that we knew what ‘real life’ meant – it meant doing like us. So when travelling, we talked about all these sad people, never leaving their native town, condemned to an eternal boring routine we’d never experience, as we were en route for our exciting adventure. How many times have I heard, during these trips, tourists – because yes, that’s what we were – say: “Nah, I don’t like that place you see… Too many tourists…” ?

I travelled a little. I lived abroad, too. Which is not the same thing, by the way.
Now I definitely see my young self as a young privileged arrogant. But I guess the arrogance you show at that age is the one you need to form your own opinion. If I wasn’t so sure I was right, I wouldn’t have travelled. I’m glad I’ve travelled. To find out just how wrong I was.

Here’s some basic knowledge about travelling and open-mindedness: yes, travellers can be awesome people, and I’ve met many great travellers. This can be said of expatriates too. Sadly, however, travellers and expatriates can also be real assholes. It has to be said: some travellers and expatriates are more narrow-minded than self-declared racist sectarians who would never set a foot outside of their fence.

So why was I so wrong?

Well, firstly, because I was a lucky young arrogant. Of course it’s fun to visit other countries when no disability whatsoever prevent you from going anywhere you want, when you have enough money to go back home whenever you want, when your life’s not at risk. Because travelling has become somehow trendy, many don’t see the difference between someone living on the road and someone (like me) who travelled mostly for leisure, having a stable base somewhere. Anytime I used ‘should’, as in ‘people should travel more’, I obviously forgot that not everyone could.

Secondly, travelling doesn’t mean that you know anything about the country you’re visiting. Yes, it’s true: people travel. And what do they do? (me included – I’m not pretending I’m any better.) They probably stay in the same area for two weeks, taking pics for their friends, buying souvenirs and never speaking to a local. Oh, yes, sometimes they speak to locals… To tell them how wrong they are. Or to see how poor they are, and feel even richer when they go back home.

The travelling prick and slut-shaming: a demonstration

It’d be no mystery for anyone who has walked the streets at night in Ireland, Scotland or England, that women don’t wear the same clothes as women do in France. Let me stop you there: I’m not saying one is better or worse than the other. Quite frankly, I just don’t care, as long as they can wear whatever they want.

The problem is that I’ve heard far too many times French people, men and women alike, comment on these women’s outfits with this sort of eloquent discourse: ‘oh my god, they dress like sluts!’

Just so that there’s no misunderstanding. It’s not that these women wear skirts that really is the issue… It’s that non-standard-looking women ALSO wear whatever they want. Now that’s something the French-normative brain can’t accept. ‘What? Women wearing stuff? We can’t tolerate that. Give me my boundaries back so that I can feel ashamed of my own body by insulting others!’

Let’s not be naive however. I’m not saying that there’s no social judgement at all there. I’m saying that when it comes to clothes and style especially, as well as gender-stereotypes, we’re so much behind in France that I’m in no rush of getting back there.

Please let me set you the scene, so that you get an idea of what I’m talking about.

I’m 22 at the time. I just arrived in Ireland a few days before. I go out, order my first Guinness with a guy I met in Dublin when it was pouring rain, on my first day. We danced the night away. It was nice. It was also six in the morning.
Two days later, in that pub, I’m so impressed. I’m the only one wearing a casual outfit. In fact, I’m the only woman wearing jeans and no make-up. Women wear yellow dresses, glittery skirts… And just when I was thinking: great! that’s one thing I’m not used to!, I hear a French voice behind me : “Oh putain, regarde-moi toutes ces salopes! Et elles boivent en plus! Ben putain si elles faisaient ça en France on les niquerait direct !” [‘Oh fuck, look at all these bitches ! And they drink ! Fuck, if they did that in France, we’d screw them straightaway!’]

I turn around, to see what kind of supra-asshole could say something like that. A very elegant, white, privileged men. The perfect avatar of my Ryanair-generation. Sad story: he wasn’t there for one night. He was there to spend one full year abroad. Now of course he never visited Ireland during that year, but took many pictures to show his children someday. ‘See honey, daddy was so adventurous!’

Obviously, that guy remained convinced that Irish women were all sluts, never questioning his own stupid behaviour and speech. To be fair though, there’s so much to question, I understand it could seem a daunting task. Anyway. That man could have gone abroad looking for a change. He clearly didn’t.

I don’t mind that people like him travel. What I care about, however, is that he’s the kind of people judging others at home for not travelling, when all he knows about travelling is to sit in a plane and wait, and then, in a luxurious room, wait for the room service.

The same goes for people mocking someone’s accent or appearance.

It’s heartbreaking, isn’t it? You can travel the whole world and still be a prick.

Travel doesn’t necessarily change you. I tend to think that it’s a bit like alcohol: it reveals who you really are. It’s just going to be more visible after a sip or two.

Since my very first day in Ireland, for it was the first time I was gone for more than 3 weeks, I decided to forget this clear divide: people who travel = nice open-minded people, people who don’t = narrow-minded sectarians.

Because actually, it goes like this: travel = people. No better or worse than those you already know.

Be ready for no change, other than the ones occurring in yourself.

Thank you for choosing predictedprose airlines, we hope you had a pleasant flight.


Ouverture d’esprit

Il est très tentant de chercher chez les gens des signes extérieurs, visibles, d’ouverture d’esprit. En fait, c’est même encore plus tentant de se définir soi-même comme étant ouvert d’esprit, pour pouvoir ainsi instituer ses propres caractéristiques en standard du genre, ce qui nous permettra de mieux juger les autres par la suite. Comme c’est pratique ! Parce que qui donc, à part des politiques conservateurs, n’aime pas s’imaginer comme étant ouvert d’esprit ?

Quand j’étais enfant, je croyais que voyager rendait automatiquement les gens plus ouverts d’esprit. Le processus me semblait évident. On se rend à de nouveaux endroits, on rencontre de nouvelles personnes, on s’ouvre à d’autres cultures. Je suis désolée d’admettre qu’à l’époque, je pensais de la même façon que quelqu’un qui n’avait pas voyagé était nécessairement moins ouvert d’esprit que quelqu’un qui l’avait fait.

Ce préjugé naïf est d’autant plus important que j’appartiens à la génération Ryanair. Par exemple, en tant que jeune adulte, je suis allée en Écosse ou en Italie pour environ 15 euros.

A l’étranger, j’ai rencontré mes pairs. Les individus de la génération Ryanair. Bien sûr, nous étions convaincus de savoir ce que c’était que la « vraie vie ». Ça voulait dire faire comme nous. Alors en voyageant, on parlait de ces gens si tristes, qui ne quittaient jamais leur ville d’origine, condamnés à une mortelle routine que nous ne connaîtrions jamais, nous qui étions en route pour notre épatante aventure. Combien de fois ai-je entendu, pendant ces voyages, des touristes (car oui, c’est bien ce que nous étions) dire : « Nan, je n’aime pas cet endroit tu vois… Trop de touristes… » ?

J’ai voyagé un peu. J’ai habité à l’étranger, aussi. Ce qui n’est pas la même chose, d’ailleurs.
Maintenant, je considère vraiment mes pensées de l’époque comme celles d’une jeune arrogante privilégiée. Je pense que l’arrogance dont on fait preuve à cet âge est celle dont on a besoin pour former sa propre opinion. Si je n’avais pas été si persuadée d’avoir raison, je n’aurais pas voyagé. Je suis heureuse d’avoir voyagé, justement. Pour me rendre compte à quel point j’avais tort.

Voici quelques connaissances de base concernant le voyage et l’ouverture d’esprit : oui, les voyageurs peuvent être des gens géniaux, et j’en ai rencontré des formidables. Même chose pour les expatriés. Malheureusement, cependant, voyageurs et expatriés peuvent aussi être de vrais connards. Ceci doit être dit : certains voyageurs et expatriés sont plus étroits d’esprit que des racistes sectaires assumés qui ne mettrait jamais un pied hors de leur enclos.

Alors pourquoi est-ce que j’avais tant eu tort ?

Tout d’abord parce que j’étais une arrogante chanceuse. Bien sûr que c’est marrant de visiter d’autres pays quand aucun handicap ne nous empêche d’aller nulle part, quand on a assez d’argent pour rentrer à la maison dès qu’on le souhaite, quand notre vie n’est pas en danger. Parce que voyager est devenu tendance, beaucoup ne font pas la différence entre quelqu’un qui vit sur la route et quelqu’un (comme moi) qui a surtout voyagé pour son loisir, tout en ayant une base stable quelque part. Toutes les fois où j’ai utilisé « devrait », en disant par exemple « les gens devraient voyager davantage », j’oubliais clairement que tout le monde ne le pouvait pas.

Deuxièmement, voyager ne signifie aucunement connaître le pays qu’on visite. Oui, c’est vrai : les gens voyagent. Mais qu’est-ce qu’ils font alors (Moi y comprise, je ne prétends pas être meilleure)? Ils restent probablement au même endroit pendant deux semaines, prennent des photos pour leurs amis, achètent des souvenirs et ne parlent pas aux gens du coin. Ah, si, des fois ils leurs parlent. Pour leur dire qu’ils ont tort. Or pour voir combien ils sont pauvres, et se sentir plus riches encore une fois rentrés à la maison.

L’enfoiré voyageur et le slut-shaming: une démonstration

Cela n’est en rien un mystère pour quiconque a marché dans les rues la nuit en Irlande, en Écosse ou en Angleterre ; les femmes ne portent pas les mêmes vêtements que les femmes en France. Je vous arrête tout de suite : je ne dis pas que l’un est meilleur que l’autre, pour la bonne raison que franchement, je m’en fous complètement, du moment qu’elles portent ce qu’elles veulent.
Le problème, c’est que j’ai entendu beaucoup trop de Français, hommes comme femmes, commenter les tenues de ces femmes avec ce discours fort éloquent : « mon dieu, elles s’habillent comme des salopes ! »

Simplement pour qu’il n’y ait pas de malentendu : ce n’est pas le fait que ces femmes portent des jupes qui pose problème… C’est que les femmes dont l’apparence ne correspond pas aux standards habituels portent aussi ce qu’elles veulent. Et ça, c’est quelque chose que le cerveau normatif français ne peut pas accepter : « quoi ? Des femmes portent des trucs ? On ne peut pas le tolérer. Redonne-moi mes limites pour que je puisse avoir honte de mon corps en insultant les autres! »

Ne soyons toutefois pas naïfs. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de jugement social, là. Je dis qu’en ce qui concerne les vêtements et le style vestimentaire en particulier, tout comme en ce qui concerne les stéréotypes de genre, la France est tellement loin derrière que je n’ai aucune envie de précipiter mon retour.

Permettez-moi de vous dresser le décor, pour que vous ayez une idée de ce dont je parle.

J’ai 22 ans à l’époque. Je viens d’arriver en Irlande quelques jours plus tôt. Je sors, commande ma première Guinness avec un gars que j’ai rencontré à Dublin alors qu’il tombait une pluie torrentielle, le premier jour. On a dansé toute la nuit. C’était chouette. C’était aussi six heures du matin.

Deux jours plus tard, dans ce pub, je suis hyper impressionnée. Je suis la seule à porter des fringues décontractées. En fait, je suis la seule femme à porter un jean et pas de maquillage. Les femmes portent des robes jaunes, des jupes à paillettes… Et juste au moment où je me dis tiens, voilà une chose à laquelle je ne suis guère habituée, j’entends une voix française derrière moi : « Oh putain, regarde-moi toutes ces salopes! Et elles boivent en plus! Ben putain si elles faisaient ça en France on les niquerait direct ! »

Je me retourne, histoire de voir quel genre d’enfoiré peut dire un truc pareil. Un homme blanc, très élégant, privilégié. Le parfait avatar de ma génération Ryanair. Triste histoire : il n’était pas là pour une nuit seulement. Il s’apprêtait à passer toute une année à l’étranger. Bien sûr, il n’a jamais vraiment visité l’Irlande cette année-là, mais il a pris beaucoup de photos pour les montrer à ses enfants plus tard. « Regarde, chéri, papa était un vrai aventurier ! »

Évidemment, ce gars est resté persuadé que les Irlandaises étaient toutes des salopes, et n’a jamais questionné son propre comportement, ni son propre discours. Pour être honnête, cela dit, il y a tellement à remettre en question, je comprends que la tâche lui ait paru intimidante. Bref. Cet homme aurait pu partir à l’étranger pour changer. Ce n’était clairement pas le cas.

Je me fiche que des gens comme lui voyagent. Ce qui m’embête, toutefois, c’est qu’il est le genre de personne à juger ceux qui ne voyagent pas, alors que tout ce qu’il connaît du voyage, c’est comment s’asseoir dans un avion et attendre pour, plus tard, installé dans une chambre luxueuse, appeler le room service.

Même chose pour les gens qui se moquent de l’accent de quelqu’un, ou de son apparence.

C’est tragique, non ? On peut faire le tour du monde et rester un beauf.

Le voyage ne nous transforme pas forcément. J’ai tendance à penser que c’est un peu comme l’alcool : ça révèle qui on est vraiment. Car ça devient juste plus visible après une gorgée ou deux.

Depuis mon premier jour en Irlande, comme c’était la première fois que je partais pour plus de trois semaines, j’ai décidé d’oublier cette division : gens qui voyagent = gentils et ouverts, gens qui ne voyagent pas = sectaires étroits d’esprit.
Parce qu’en fait, c’est plutôt comme ça : voyage = gens. Ni mieux ni moins bien que ceux qu’on connaît déjà.

Soyez prêts à ne pas voir d’autres changements que ceux qui s’opèrent en vous-mêmes.

Merci d’avoir choisi Air predictedprose, nous espérons que vous avez fait bon vol.

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Guilt

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I suffer from obsessions. Now if the main obsession was about being good to myself and have fun, it wouldn’t be too much of a problem. Sadly, however, that’s not it.

My obsessions all have something in common: guilt.

So I’m going to save you the trouble of psychoanalysing me from your couch. Yes, catholicism probably didn’t do any good for me in that respect. We’re being taught that we’re responsible for everything. I’m responsible for the death of someone who died 2000 years ago… Now that’s quite a responsibility, you’ll admit it easily, I’m sure.
But it goes further than that, and I’m certainly not saying that all of my guilt obsessions came from any religious background.

As you know, standards are too high everywhere.

The standards and expectations I’d like to focus on first are those associated with work. I see far too many people feeling guilty or ashamed about their professional lives, and the choices they made in that domain.

I’ve seen really clever people worry because they didn’t have a degree, and therefore thought they must be stupid…

I’ve seen people going from award to award, working constantly, never being satisfied with what they had achieved, because guess what? Each time, there’s a new award to compete for…

I’ve seen incredibly strong and smart women feel ashamed for being on maternity leave, or for deciding to be housewives or go part-time, because people would tell them that they didn’t even respect themselves by doing so. ‘How do you dare call yourself a feminist, or even just a ‘modern woman’, if you stay at home?’

I’ve seen guys strongly believing that they’d never find a girlfriend, because they didn’t earn enough for a woman… Even if no woman had ever told them that…

I’ve seen people, whatever their gender, not forgiving themselves for earning a lot less than their partner, even if they loved what they were doing…

I’ve seen close friends and relatives fear that I was judging them because I went to university, and they didn’t. Even if they know me enough to know that I couldn’t care less about whether or not you got a university degree.

And each time I thought: they’re so hard on themselves. They’re the ones who are judging them in such a negative light.

Then one day it was my turn to think that I couldn’t choose my own path because people would think I was an imbecile.

I had a degree, for which I worked a lot, and spent quite a few years of my life. Then I worked in an academic environment. It could have been great, and I know it is for some people, but it definitely wasn’t for me.
Now there I was: me and the outside world.

To me, changing my professional goals was perfectly fine, because I never cared about having a ‘career’. If I wanted to get a career, get promotions and earn a lot, I probably wouldn’t have chosen to study… that’s right, literature.
I studied literature because I thought that on the contrary, what mattered was what you did with yourself when you were lucky enough to choose. Now let me choose between a hundred possibilities, and I’ll always take books. (Okay, and chocolate, sometimes.)

But I was convinced that if I left my job at a university, everyone would say: ‘look at her, this stupid bourgeoise, she can’t even understand how lucky she is. Now she’s done a PhD and she’s gonna leave everything behind just because of… of a guy, probably. I’m telling you, she’s submissive like you wouldn’t believe.’

It took months for me to accept the idea that actually… No one gave a damn about whether or not I worked in academia.

I quit. It was one of the hardest decisions of my life. But also the one I had absolutely no doubt about, once it had been made.

And there they were: other people. So scary with their potential judgements. If I had known for one minute how easy they would make it…

Every single of my friends was happy for me. They said: ‘well if that’s what you want, it’s fantastic!’ And not with the ironic tone that I was expecting, meaning ‘yeaaaaah, if you want your life to be shit, just do it, whatever…’
They truly meant it, when they said it was fantastic to quit a job for… well, nothing, at the time. Work-wise, that is. They all rejoiced for me. They said oh take some time for yourself, you’ll see what’s next.

That’s when I realised the incredible truth: I’m not that important… Don’t get me wrong. I’m not saying this in a bitter say. It’s one of the most liberating thoughts I’ve ever had.

I had always been convinced that if I did something wrong, if my choices were considered bad, people would talk about how stupid I was for hours. That they’ll never forget me. That they’ll still talk about it in years.

Because that’s how the world works, right? People, when they get home, talk about you all the time. When they watch a film, they think about how crap you are. When they have dinner with their partner, they share thoughts on why you should be executed for making a bad decision. And even at night, they dream about your silly face and your career choices.

Well, the most liberating thing I’ve ever seen is that they didn’t give a damn about what I was doing.
And what I mean is that they cared too much about me to care about my choices.

I told them my choice, and they said: ‘great’! Then they went to the movies. Or to play with their dogs. Or to have sex with their lover. And they forgot everything about me. There I was: free from all judgement. Except mine of course. This one takes some time…

So be happy for yourself. Everyone else is too busy having their own life to criticize your own. You’re not that important and that’s the most fantastic news. You’re just unique.


Coupable

Je souffre d’obsessions. Si mon obsession principale consistait à être sympa envers moi-même et à m’amuser, ça ne serait pas vraiment un problème. Malheureusement, cependant, il ne s’agit pas de ça.

Mes obsessions ont toutes quelque chose en commun : la culpabilité.

Alors je vais vous économiser la peine de me psychanalyser depuis votre canapé. En effet, le catholicisme ne m’a sûrement pas beaucoup aidée à cet égard. On nous apprend qu’on est responsable de tout. Je suis responsable de la mort de quelqu’un, qui est mort il y a 2000 ans. Alors ça, c’est de la responsabilité, vous en conviendrez aisément.

Mais ça va bien plus loin que ça, et je ne suis sûrement pas en train de dire que toutes mes obsessions de culpabilité viennent d’un contexte religieux.

Comme vous le savez, on place la barre relativement haut, de partout.

Les exigences et attentes élevées sur lesquelles j’aimerais d’abord me concentrer sont celles qui concernent le travail. Je vois beaucoup trop de gens qui se sentent coupables ou qui ont honte de leur parcours professionnel, des choix qu’ils ont fait dans ce domaine.

J’ai vu des gens vraiment intelligents s’inquiéter de ne pas avoir de diplôme, ce qui signifiait selon eux qu’ils devaient être stupides.

J’ai vu des gens aller de distinction en récompense, travaillant sans relâche, tout en n’étant jamais satisfaits de ce qu’ils avaient atteint, car devinez quoi ? Il y a toujours une nouvelle distinction pour laquelle entrer en compétition.

J’ai vu des femmes incroyablement fortes et intelligentes avoir honte d’être en congé maternité, ou d’avoir choisi d’être femme au foyer ou de travailler à temps partiel, parce que les gens leur disaient qu’elles ne se respectaient même pas elles-mêmes en faisant de tels choix. « Comment oses-tu te dire féministe, ou même te croire « femme moderne » si tu restes à la maison ? »

J’ai vu des gars croire fermement qu’ils ne trouveraient jamais de copine, parce qu’ils ne gagnaient pas assez pour une femme… Même si aucune femme ne leur avait jamais dit ça…

J’ai vu des gens, quel que soit leur genre, ne pas se pardonner de gagner si peu par rapport à leur partenaire, même si elles ou ils adoraient ce qu’elles ou ils faisaient.

J’ai vu des amis ou des parents proches être sûrs que j’étais en train de les juger, juste parce que je suis allée à l’université, et qu’eux non. Même s’ils me connaissaient suffisamment pour savoir justement que je me fiche éperdument qu’on ait ou pas de diplôme.

Et à chaque fois, je me suis dit : ils sont tellement durs avec eux-mêmes. Ce sont eux, ou elles, en fait, qui se jugent si sévèrement.

Et puis un jour ça a été mon tour de penser que je ne pouvais pas choisir le chemin que je voulais prendre parce que les gens penseraient que je suis une idiote.

J’avais obtenu un diplôme universitaire, pour lequel j’avais beaucoup travaillé, et qui m’avait pris plusieurs années. Et je travaillais à la fac. Ça aurait pu être génial, et je sais que pour certains ça l’est, mais ça n’était pas pour moi.

Alors j’en étais là : moi face au monde extérieur.

Personnellement, changer d’objectifs professionnels ne me posait aucun problème, parce que l’idée de ‘carrière’ ne m’avait jamais vraiment intéressée. Si j’avais voulu faire carrière, connaître les promotions et gagner un maximum, j’aurais sûrement choisi autre chose que d’étudier…en effet… la littérature.
J’ai étudié la littérature parce que je pensais au contraire que ce qui comptait, c’est ce qu’on faisait de soi quand on avait la chance de choisir. Je vous le dis : laissez-moi choisir entre cent possibilités, je prendrai toujours les livres. (Bon d’accord, et des fois, le chocolat.)

Cependant j’étais convaincue sur si je démissionnais de mon poste à la fac, tout le monde dirait : « regarde-là, cette connasse de bourgeoise, elle n’arrive même pas à comprendre la chance qu’elle a. Maintenant elle a un doctorat mais elle va se barrer en laissant tout derrière, juste à cause… d’un mec, probablement. Je te le dis, elle est soumise, un truc de dingue. »

Il m’a fallu des mois pour accepter l’idée qu’en fait… tout le monde se foutait de savoir si oui ou non je bosserai dans une université.

J’ai démissionné. Ça a été une des décisions les plus difficiles de ma vie. Mais aussi une dont je n’ai pas douté une seule fois, une fois qu’elle était prise.

Et ils étaient là : les autres. Effrayants, avec leurs jugements potentiels. Si seulement j’avais su comme ils le rendraient facile.

Tous mes amis ont été contents pour moi. Ils disaient : « Ben si c’est ce que tu veux c’est génial ! » Et pas avec ce ton ironique que je craignais de leur part, qui aurait voulu dire « ouais, c’est ça, si tu veux que ta vie ce soit de la merde, vas-y, tu fais ta life. »
Non, ils étaient réellement contents pour moi, que j’aie quitté mon travail pour… en vérité, absolument rien, à l’époque. Professionnellement parlant, je veux dire. Ils se sont tous réjouis pour moi. Ils m’ont dit oui, prends du temps pour toi, tu verras bien ensuite.

C’est là que j’ai compris cette vérité-là : je n’ai pas l’importance que je me donnais. Que ça soit bien clair : je ne dis pas ça de manière amère. C’est l’une des pensées les plus libératrices que j’aie jamais eues.

J’avais toujours été convaincue que si je faisais quelque chose de travers, ou si mes choix pouvaient ne pas être perçus comme étant les bons, les gens passeraient des heures à parler de mon niveau de connerie. Qu’ils ne me pardonneraient jamais. Qu’ils en parleraient encore dans des années.

Parce que c’est comme ça que marche le monde, pas vrai? Les gens, quand ils rentrent à la maison, parlent de nous constamment. Quand ils regardent un film, ils pensent à quel point on est con. Quand ils mangent avec leur partenaire, ils partagent leurs opinions quant à savoir pourquoi on devrait être exécuté pour avoir pris les mauvaises décisions. Et même la nuit, ils rêvent de notre sale tronche et de nos choix de carrière.

Hé bien la chose la plus libératrice que j’ai jamais vue, c’est que les gens se foutent complètement de ce que je fais.

Et ce que je veux dire, c’est que justement je compte suffisamment pour eux pour qu’ils ne comptent pas sur le fait que tous mes choix correspondent à une illusoire perfection.

Je leur ai fait part de mon choix, ils ont dit : « cool ! » Et ils sont allés au cinéma. Ou sont allés jouer avec leur chien. Ou ils ont couché avec leur amant, leur amante. Et ils m’ont complètement oubliée. J’en étais là: libérée de tout jugement. À part le mien, évidemment. Celui-là, il prend un peu plus de temps.

Alors réjouissez-vous. Le reste du monde est trop occupé à vivre sa vie pour critiquer la vôtre. Vous n’avez pas autant d’importance que ça, et c’est formidable. Vous êtes juste uniques.

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A story.

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So here, I’d just like to say how it all started.

I was about 14. I was not particularly gloomy, but as I still do now, I loved to ask questions to people around me.
That day, I asked my dad: ‘dad, what would you do if you were told that you only had 6 months left to live’?
[By the way, I’d like to thank my dad here for not believing that only electroshocks would cure my thoughts.]
I guess I was hoping for the sort of oh-dear-I-would-go-away-and-leave-everything-behind-and-there-is-so-much-I-have-never-done-I-wish-I-had-and-oh-my-god-this-is-terrifying!

Instead of this, my dad simply said: ‘I would do nothing in particular. I would live just as I lived yesterday, and as I’ve lived today.’

Of course I couldn’t comprehend such a calm reaction. I probably said something along those lines: ‘Oh my god but there’s so many things you’ve never done!’
To which my dad replied: ‘Precisely. And if I haven’t done them, it’s because I didn’t really want to. You don’t choose what your life is when you only have 6 months left. You choose it everyday. When you’re lucky enough to be free, that is… Obviously. I was extremely lucky in that respect. I’m free. I’m able to choose, every single day of my life. So why should I change all of a sudden, when every day has always been, equally, a matter of choices?’

I couldn’t believe it. I thought this was part of the adulthood resignation package. The sort of things you tell your kids so that they don’t freak out. I asked again: ‘So it means that there’s NOTHING, not even one tiny detail that you would change if you could?’
My dad smiled. He said ‘of course, I regret things. When I’ve hurt people, in particular. Of course I’d like to make this pain disappear. But if something wrong could be amended, I’ve done my very best to do so. And when I made a mistake, I accepted the fact that it was already done. So I can’t see how this means that I should change something in my life, should it last for only 6 extra months. I’ve always prioritised what seemed the most important. I’ve made the decisions I wanted to make. And in that sense, there’s absolutely nothing that I regret.’

Now of course my dad understood the real question behind all this. You’re 14, you believe life is very long, but people around you are already dying, full of regrets. It makes your 14-year-old brain panic a little. You try to identify what experiences should be made.

I didn’t add a word, but my dad said: ‘You know, if all of a sudden, just because you’re going to die, you want to change everything in your life… Unless of course you’re not free… It probably means that so far, you’ve not been living the life that was right for you. If I don’t want to change things, it’s not because I’ve no imagination… On the contrary, it’s because I have plenty. Which allowed me to know that every day, I was living the life that was right for me. I’m not saying it’s the best one in the world. Other people would find my life tragic, sad, or merely dull. That’s why I can’t tell you what you need to live. But I can tell you this: you must figure it out. Then, any hard choice would appear so easy in comparison.’

That’s when it all started.

It took me another 14 years to truly understand what he meant that day. Brains, just as fears and feelings, can be slow… Eventually, however, I knew some decisions were to be made. In the end, I did make them. And for the first time, I’m busy living.



Ici, je voudrais simplement raconter comment tout ça a commencé.

J’avais dans les 14 ans. Je n’étais pas d’humeur particulièrement glauque ce jour-là, mais de la même façon que je continue de le faire aujourd’hui, j’aimais poser toutes sortes de questions existentielles à mon entourage.
Ce jour-là, j’ai demandé à mon père : « papa, qu’est-ce que tu ferais si on te disait qu’il ne te restait que six mois à vivre ? »
[Entre parenthèses, je voudrais remercier mon père pour n’avoir pas cru que seuls des électrochocs guériraient ma pensée.]
Je pense que j’attendais une réponse du genre : « Oh seigneur je partirais en laissant tout derrière-moi et il y a tant de choses que je n’ai jamais faites et oh mon dieu je suis tellement terrifié rien qu’à cette idée ! »

Mais au lieu de ça, mon père m’a simplement répondu : « Je ne ferais rien en particulier. Je vivrais juste comme hier, ou comme j’ai vécu aujourd’hui. »

Évidemment je ne pouvais pas comprendre qu’il ait une réaction aussi calme. J’ai sûrement dit un truc du style : « Oh mon dieu mais il y a tellement de choses que tu n’as jamais faites ! »
Ce à quoi mon père m’a répondu : « Justement. Si je ne les ai pas faites, c’est que je ne voulais pas vraiment les faire. On ne choisit pas sa vie quand il ne nous reste que six mois à vivre. On la choisit tous les jours, quand on a la chance d’être libre, évidemment… J’ai eu beaucoup de chance à cet égard. J’ai eu la possibilité de choisir, chaque jour de ma vie. Il n’y a aucun choix que je regrette. Alors pourquoi je changerais tout à coup ? »

Je ne pouvais pas le croire. J’ai cru que ce genre de discours faisait partie du lot de résignations qui allaient avec l’âge adulte. Le genre de trucs qu’on dit à ses mômes pour ne pas qu’ils paniquent. Alors j’ai demandé à nouveau : « En fait ça veut dire qu’il n’y a RIEN, pas même le plus petit détail, que tu voudrais changer dans ta vie ? »
Mon père a souri. Il a dit « bien sûr que je regrette certaines choses. Quand j’ai fait du mal aux gens, en particulier. Mais si quelque chose fait de travers pouvait être rectifié, j’ai fait de mon mieux pour que ça le soit. En même temps, quand j’ai fait une erreur, j’ai accepté qu’elle soit déjà faite. C’est pour ça que je ne vois pas en quoi ça signifie que je devrais changer totalement ma façon de vivre ma vie, même si celle-ci ne devait durer que six mois supplémentaire. J’ai donné la priorité à ce qui comptait le plus. J’ai pris les décisions que je voulais prendre. Et c’est dans ce sens-là que je n’ai rien, oui absolument rien, à regretter. »

Bien sûr, mon père comprenait quel genre de véritable question se cachait derrière tout ça. À 14 ans, on croit que la vie est encore longue, mais déjà les gens autour de nous meurent, emplis de regrets. Les cerveaux d’à peine 14 ans se mettent à paniquer un peu, cherchent quoi vivre.

Je n’ai pas ajouté un mot. Mais mon père, lui, a dit : « Tu sais, si tout à coup, juste parce que tu vas mourir, tu veux tout changer dans ta vie… ça veut probablement dire que la vie que tu vivais jusqu’à présent n’était pas vraiment la tienne. Si je ne veux rien changer, ce n’est pas parce que je manque d’imagination… Au contraire, c’est parce que j’en ai plein. Plein d’imagination qui me permet de savoir que chaque jour, j’ai vécu la vie que je souhaitais, celle qui était juste à mes yeux. Je ne dis pas que j’ai la plus belle existence. Pour certains, elle paraîtrait tragique, triste ou tout simplement banale, ennuyeuse. C’est pour cette raison que je ne peux pas te dire ce que tu dois vivre. Mais ce que je peux te dire, c’est ça: tu dois découvrir ce que c’est, ce que tu veux vivre. Après ça, les choix difficiles seront devenus faciles, par comparaison. »

Alors c’est là que ça a commencé.

Il m’a fallu 14 autres années pour comprendre véritablement ce qu’il avait voulu dire ce jour-là. Cerveaux, peurs et ressentis : tout ça peut être bien lent… Mais finalement, j’ai su que je devais prendre certaines décisions. J’ai fini par les prendre. Et pour la première fois, ce qui occupe mes journées, c’est juste de les vivre.

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