Can’t say ‘I love you’? Say: ‘do you feel loved?’ instead

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I’ve said ‘I love you’ a lot to my dad throughout my life, and he’s always told me he loved me too. Still, when he passed away one month ago, I couldn’t stop that question from tormenting me: ‘did he know how much he was loved? And how much I loved and admired him?’ I just couldn’t stand the fact that maybe, somehow, he didn’t know.

Luckily, though, I’ve asked him that question before – it doesn’t solve everything, but it helps a lot with obsessions… Especially those you can no longer talk about.

I’ve been an inquisitive daughter. I would ask my dad (and I still ask my mom) many questions I probably shouldn’t have asked. I’d probably be our dear old Freud’s favourite case study.

I didn’t want to trigger anything for my dad, but I asked him: what was your biggest fear as a child? What is it now? Are you afraid of death? Of love? Of not loving someone? I also asked such things as: What book encouraged you to read your whole life? (Stevenson’s Treasure Island…) What kind of teenager were you? When did you and mom kiss for the first time? Were you scared? When did you first realise you loved her? Why don’t you like the colour black? Have you ever wondered who and where you’d be if you were richer, if you’d been born in Canada, if you had three legs?

I’m sorry. I apologise to my partner, friends and family. I know I ask too many questions. It’s okay to tell me to shut up.

It’s just that I’ve had that certitude for a long time: you can’t really tell whether or not you’re happy. For some, the question is just overwhelming. ‘What do you mean am I happy? You mean in general, or today? After or before my workday?’ But if you ask many smaller, more-focused questions, even if they sometimes sound cheesy or stupid, it’s easier to draw an overall map of your life, to find out who you are, and who you wish you’d be.

Also, I know that you can be unhappy, but still, thankfully, be loved. And I believe that in many cases – not all of them, sadly – that’s what saves you. For instance: am I happy right now? I don’t know if I can’t honestly call it that. I’ve just lost my dad. I loved my dad dearly. I miss him every day, every hour. I’m extremely sad. But one thing is true: I feel loved. That’s the most empowering feeling of all. I’m not saying that to brag, I have self-esteem issues and I’m not saying people would be willing to die for me and so on… I no longer romanticise pain for love, anyway. It’s just that I see in their smiles, in their eyes, in their amazing support, that some people care for me. They don’t need to be many, who cares about number? It’s love, which can’t be quantified anyway. This is a tribute too: because sometimes we don’t take the time to thank those who make us feel loved. Thank you.



I’ve asked my dad so many questions that helped me understand, throughout the years, that he knew how much we loved him. Because we didn’t only talk about happy memories.
I’ve asked him when he ever doubted it. My dad had the courage to answer, and it helped me grow, and be a better person. Because you can’t let someone you love doubt that you love them. Whatever the way you express it. You have to adapt. Mistakes are part of life, but to do the same ones over and over again is to sabotage one’s relationships.

I realised I wanted to shift the focus, by asking a question rather than making a statement: yes, I love him. But I hurt him too. So: did he feel loved, even at those times? It doesn’t matter what I think. What matters is the way he experienced it. And there’s some great news in this area: whatever the doubt, you can choose never to let it win again.

So okay, ‘do you feel loved?’ is a lot less grandiose that the somewhat narcissistic ‘I love you’ declaration, when the only one you’re listening to can sometimes be yourself, really…

You can love someone very much, but not love them the way they hope and wish to be loved. It’s okay, there’s no obligation for feelings, that wouldn’t mean anything. But facing this reality helps us all. It helps you leave unsatisfactory relationships, and build the ones you want. It will help you a great deal, too, when you’ll lose someone forever.

Bottom line is: you don’t have to say ‘I love you’ if you can’t. It shouldn’t be a torture. If it is, maybe you can go a different way… However, since you’ll love anyway (I truly and most sincerely hope so – again I don’t care about how many and who and what relationships), why not find an alternative? Why not ask: ‘do you feel loved’, instead? There’s no certitude, no huge statement. Just make sure you’re ready for the answer, and don’t take it personally if the answer is: ‘not really’… Try, honestly, to find out why. Also, if that’s the ‘love’ bit which you can’t even say, replace with: ‘do you feel supported? Helped? Listened to?’, etc.

Oh and don’t forget an equally important thing: ask yourself that very same question. And see what can be changed.


Vous ne pouvez pas dire « je t’aime? » Essayez : « est-ce que tu te sens aimé(e) ?»

J’ai beaucoup dit « je t’aime » à mon père au cours de ma vie, et il m’a toujours dit qu’il m’aimait aussi. Et pourtant, quand il est décédé il y a un mois, je n’arrivais pas à repousser cette question qui ne cessait de me tourmenter : « est-ce qu’il savait à quel point il était aimé ? A quel point je l’aimais et je l’admirais ? » Je n’arrivais pas à supporter l’idée que peut-être, il y ait une chance pour qu’il ne sache pas.

Heureusement, cependant, je lui avais posé la question avant – ça ne résout pas tout, mais ça aide beaucoup concernant les obsessions… Surtout celles dont on ne peut plus discuter.

J’ai été une fille intrusive. J’ai posé à mon père (et je pose encore à ma mère) des questions que je devrais probablement ne pas poser. Je serais sûrement le cas d’étude préféré de notre bon vieux Freud.

Ce n’est pas que je voulais susciter de l’angoisse chez mon père, mais je lui ai demandé : quelle était ta plus grande peur quand tu étais enfant ? Et maintenant, c’est quoi ta plus grande peur ? Tu as peur de la mort ? De l’amour? De ne pas aimer quelqu’un? J’ai aussi posé des questions du genre: quel livre t’a encouragé à lire toute ta vie ? (L’Ile au trésor, de Stevenson…) Quel genre d’ado tu étais ? Quand est-ce que toi et maman vous vous êtes embrassés pour la première fois ? Est-ce que t’avais peur ? Quand est-ce que tu as pris conscience pour la première fois que tu l’aimais ? Pourquoi tu n’aimes pas la couleur noire? Est-ce que tu t’es déjà demandé qui et où tu serais si tu étais plus riche ? Si tu étais né au Canada ? Si tu avais trois jambes ?

Je suis désolée. Je m’excuse auprès de mon partenaire, de mes amis et de ma famille. Je sais que je pose trop de questions. Vous pouvez tout-à-fait me dire de la fermer.

C’est juste que j’ai cette certitude depuis longtemps : on ne peut pas vraiment dire si oui ou non on est heureux. Pour certains, la question est même tout simplement écrasante. « Qu’est-ce que tu veux dire, est-ce que je suis heureux ? Tu veux dire en général, ou aujourd’hui ? Après ou avant ma journée de boulot ? » Mais si on pose beaucoup de petites questions, plus précises, même si elles paraissent neuneus ou stupides, alors il devient plus facile de faire comme une carte d’ensemble de ta vie, de savoir qui tu es, et qui tu voudrais être.

De plus, je sais qu’on peut ne pas être heureux, et pourtant, heureusement, être aimé. Je crois même que dans de nombreux cas (pas tous, malheureusement), c’est ce qui nous sauve. Par exemple : est-ce que je suis heureuse là tout de suite ? Je ne pense pas que je puisse honnêtement le définir ainsi. Je viens juste de perdre mon père. J’aimais tellement mon père. Il me manque chaque jour, chaque heure. Je suis extrêmement triste. Mais une chose est sûre: je me sens aimée. C’est le sentiment qui nous donne le plus de force au monde. Je ne dis pas ça pour me la jouer, j’ai des problèmes d’estime de moi et de toute façon je ne dis pas que les gens seraient prêts à mourir pour moi et tout ça… Je ne trouve de toute façon plus de beauté tragique à la souffrance causée par l’amour, mais bref. C’est juste que je vois dans leurs sourires, dans leurs yeux, dans leur incroyable soutien, que certains me tiennent en amitié. Ils n’ont pas besoin d’être nombreux, on se fout du nombre ! C’est de l’amour, et l’amour ne peut de toute façon pas être quantifié. Ceci est un hommage, aussi : parce que parfois on ne prend pas le temps de remercier ceux qui nous font nous sentir aimé(e). Merci.

J’ai posé à mon père tellement de questions qui m’ont aidé à comprendre, au fil des ans, qu’il savait à quel point nous l’aimions. C’est que nous ne parlions pas seulement des bons souvenirs.
Je lui ai par exemple demandé quand il en avait déjà douté. Mon père avait le courage de répondre, et cela m’a aidé à grandir, à devenir une personne meilleure. Parce qu’on ne laisse pas quelqu’un qu’on aime douter du fait qu’on l’aime. Quelle que soit la façon dont on l’exprime. On doit s’adapter. Les erreurs font partie de la vie, mais refaire encore et toujours les mêmes, ça revient juste à saboter ses relations.

J’ai réalisé que je voulais inverser la perspective, aussi, en posant une question plutôt qu’en formulant une déclaration : oui, je l’aime. Mais je lui ai aussi fait du mal. Alors : se sentait-il aimé, même dans ces moments-là? L’essentiel n’est pas ce que je pense, mais ce qu’il a ressenti. Et voilà de bonnes nouvelles en ce domaine : quel que soit le doute, on peut choisir de ne plus jamais le laisser gagner.


Alors soit. « Est-ce que tu te sens aimé(e) ? » ça n’a pas le même caractère grandiose que la déclaration quelque peu narcissique du « je t’aime », à travers laquelle celui qu’on écoute, ça peut parfois être simplement soi-même…

On peut aimer beaucoup quelqu’un, mais ne pas l’aimer de la manière dont ce quelqu’un espère ou souhaite être aimé. Ça n’est pas grave, il n’y a aucune obligation en matière de sentiments, cela ne voudrait rien dire. Mais regarder cette réalité en face nous aide tous. Ça nous aide à quitter des relations insatisfaisantes, et à construire celles que l’on souhaite. Ça nous aidera beaucoup, surtout, le jour où on perdra quelqu’un pour toujours.

Alors pour résumer: si on n’arrive pas à dire “je t’aime”, nul besoin de se forcer. Ça ne devrait pas être une torture. Si c’en est une, il faudra peut-être envisager d’autres voies… Car puisqu’on aimera de toute façon (en tout cas je l’espère sincèrement – je le répète, quels que soient le nombre et le genre de relations qu’on vit), pourquoi ne pas trouver une alternative ? Pourquoi ne pas demander : « est-ce que tu te sens aimé(e) ? » à la place ? Il n’y a pas de certitude dans cette phrase, seulement une question. Soyez simplement prêts, néanmoins, à entendre la réponse, et ne le prenez pas personnellement si la réponse est : « pas vraiment… ». Essayez, sincèrement, de comprendre pourquoi. Et si c’est le verbe « aimer », même décliné, que vous ne pouvez pas dire, remplacez-le par : « est-ce que tu sens soutenu(e) ? aidé(e) ? écouté(e) ? », etc.

Oh et puis n’oubliez pas une chose tout aussi importante ; cette question, posez-vous-la aussi à vous-mêmes. Et voyez ce qui peut être changé.

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A Believer not Believing in Death – nor in the After-Death. I’ve Lost Religion’s Directions for Use.

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Hey Dad! Okay for the ceremonies and all, since that’s the way we do it, but there’s a problem here. I don’t believe in death. Really, I don’t. I believe none of it. Death doesn’t exist.

Wait. It’s not that I’m currently playing the conspiracy tune, Elvis- or Mickael-Jackson-style. I’m not saying you’re still out there, dressed anonymously or something like that. It’s not denial either, I assure you, I understood everything. I don’t need it re-explained. It was tough enough the first time.

Wait, still. I’m not saying either that I don’t believe in death because I believe in life after death or something like that. No. I don’t.

It’s just that death, death like: ‘look! that was the end’, my mind just doesn’ take it. I don’t know if it’s the same for others, but to me being dead means nothing, apart from: ‘I don’t know how to say it so I’ll talk about a concept, death, so that you stop asking questions’. The other day someone told me: I understand what you’re saying there, I don’t really believe in death either; so I thought to myself maybe we’re more than a couple people thinking like that.

Not believing in death isn’t a recent feature for me, don’t think it’s because I’ve taken too much Prozac as of lately. I’ve always had a problem with that. It’s not some sort of very well-timed self-protection trick because I miss you too much. I was about five, in my bed, sobbing and whining. I ended up going to the living room to ask Mom: ‘Mom, what does it feel like when we’re dead?’ I wasn’t sobbing because of death, no, I was sobbing because I couldn’t imagine it. She asked: ‘why are you asking such a thing?’ I said it was because I’d been trying to imagine not breathing not moving not thinking and it didn’t work. I just couldn’t picture it. You see, Dad, it’s not against you, it’s not that I’m disrespectful, even Mom couldn’t answer me. She told me: ‘I don’t know. Come and stay here, if you like’.

You know it’s a bit like you, you’ve always said: ‘I only believe what I see’. It’s the same thing. My brain, as far as I can remember it anyway, has only ever experienced living, it has only seen an existing process. Not to exist, my brain has no clue what it means. I try and try again, but there’s only life in there. Sure I’ve seen motionless bodies – the world almost entirely consists of them. There’s a difference however between bodies, corpses even, and non-living. The difference is my mind saying: yes, but death doesn’t exist.

The problem, Dad, is that I can carry on writing texts about how we accept – or don’t accept at all indeed – someone’s death. The truth is, I don’t think I’m massively legitimate here. It’s not really honest, because: death? I’ve no clue about it. I don’t even believe in it. It’s just a never-ending absence.

I don’t stare at my phone every night hoping you’d call. Don’t worry Dad, I’ve understood them all: the doctors’ words, the speech in the church. Nonetheless, every night, there’s this waiting process – itself aware of its uselessness – of you not calling. I’m not waiting for you to call. Yet each day must demonstrate that you will no longer call.


Dad, it’s not even that I’m then disappointed. To be disappointed, one has to believe in something first. I don’t believe in death, nor do I believe in resurrection.
Yet I’m a catholic. Well I think I am. So I’m wondering why is religion for in such cases. I don’t believe that you’ll come back, but I don’t believe either that you’ve left your body and the entire universe. I just know that I’ll never see you again, just as if you’d gone very very far, without providing an address, and that we’d forever be unable to find you now.

Yes, Dad, I know I’m talking to you here. I’m aware of that, don’t worry. You see I don’t believe in death, nor in the after-death, but I do believe in words.


Une croyante qui ne croit ni en la mort, ni en l’après non plus : la religion, j’ai perdu la notice.

Dis, papa. Les cérémonies, d’accord, puisque c’est comme ça qu’on fait, mais y a quand même un léger problème. Moi la mort j’y crois pas. Non mais vraiment. J’y crois que dalle à la mort, rien, zéro. La mort ça n’existe pas.

Attends. C’est pas que je nous fais un remix des complots style Elvis ou Mickael Jackson, non, je ne dis pas que tu es encore là, déguisé ou je ne sais quoi. C’est pas du déni, non, j’ai bien compris, j’ai pas besoin qu’on me réexplique, ça a fait assez mal la première fois merci.

Attends encore. C’est pas non plus que je dis la mort j’y crois pas car je crois à la vie après la mort ou un délire comme ça, non. Je n’y crois pas non plus.

C’est juste que la mort tout court, la mort-regarde-c’est-fini, mon esprit accroche pas. Je ne sais pas si dans la tête des autres c’est pareil mais pour moi, ça ne veut rien dire mourir, à part : « je sais pas te l’expliquer alors je vais te dire ça, utiliser un concept qui s’appelle la mort, histoire que tu arrêtes de poser des questions ». L’autre jour on m’a dit je comprends, moi non plus la mort j’y crois pas trop, alors je me suis dit on est peut-être plus que deux-trois à le penser.

Ne pas croire à la mort ce n’est pas un truc récent pour moi, va pas croire que c’est mon trop plein de Prozac, j’ai toujours eu un souci avec ça. Ça n’est pas un moyen de défense qui arrive à point nommé parce que tu me manques trop. J’avais cinq ans, plus ou moins, et je chialais dans mon lit. J’avais fini par aller dans le salon demander à maman : « maman, ça fait quoi quand on est mort ? » Je ne pleurais pas de la mort, non, je pleurais de pas arriver à me l’imaginer. Elle m’a dit « pourquoi tu poses des questions comme ça ? » Je lui ai répondu parce que j’essaie de m’imaginer plus respirer plus bouger plus penser et ça ne marche pas, dans ma tête je ne le vois pas. Tu vois papa, ça n’est pas contre toi, ça n’est pas que je ne respecte pas, mais même maman elle n’avait pas su me dire. Elle m’avait dit « je sais pas. Viens, reste là, si tu veux ».

Tu sais c’est un peu comme toi, tu disais tout le temps « je ne crois que ce que je vois ». Ben tu vois c’est pareil. Moi mon cerveau, de ce que je me souvienne, il n’a vécu que la vie, il n’a vu que d’exister, pas exister il ne sait pas ce que c’est. J’ai beau faire des efforts, il y a que de la vie là-dedans. Bien sûr j’ai vu des corps qui ne bougeaient pas, sans rire, le monde n’est plein que de ça presque, mais il y a une différence entre des corps qui ne bougent plus et pas de vie – il y a mon esprit qui dit : oui, mais la mort, ça n’existe pas.

Papa, le problème c’est que je veux bien écrire des textes sur comment on accepte la perte de quelqu’un, ou même à quel point on ne l’accepte pas, mais en vrai, papa, je suis sûrement pas bien placée pour le faire. Ce n’est pas honnête, parce que la mort moi j’en sais rien. C’est juste une absence qui ne s’arrête pas.

Ça n’est pas que je regarde mon téléphone tous les soirs en espérant que tu m’appelles. Non papa, les mots des médecins, j’ai bien compris, les mots à l’église pareil. Mais c’est que tous les soirs, il y a comme cette attente, qui se sait inutile, du fait que justement tu ne téléphoneras pas. Je n’attends pas que tu appelles, mais c’est comme si chaque jour devait me prouver que tu n’appelleras plus.

Papa, ça n’est même pas une attente déçue. Parce que pour se sentir déçu il faut croire à quelque chose, et si je ne crois pas à la mort, je crois pas non plus à la résurrection.
Pourtant je suis catholique, enfin je crois. Du coup je me demande bien à quoi sert la religion dans ces cas-là. Je crois pas que tu reviendras, mais je ne crois pas non plus que t’es parti de tout l’univers en entier. C’est juste comme si on m’avait dit que je ne te reverrai plus jamais, comme si tu étais parti loin très loin sans laisser d’adresse, et qu’on ne puisse jamais te retrouver.

Oui papa, je sais que je m’adresse à toi, là, oui je remarque, t’inquiète pas. Mais tu vois si la mort j’y crois pas, ni à la vie après la mort non plus, les mots par contre j’y crois fort.

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Peaceful Rage: Grief and Acceptance

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I’ve always pictured rage as a crimson creature with a distorted, noisy face. I thought that rage was necessarily associated with chaos, that everything regarding rage was about screaming for hours, breaking things by throwing them hard on the surrounding walls. But rage doesn’t only live in the unexpected; it doesn’t show up only through surprising outbursts of violence.

Rage also builds up gently in a tidy room, on the first floor of a newish, clean hospital. Rage lives in absolute silence near a bed neatly done, and amongst many tubes cleverly organised by sizes. Rage isn’t all blood and screams, rage can be very pale, and quiet – so quiet. Rage was when my dad passed away ten days ago. Not in a tragic accident, no. Not in an attack or during a terrible war. Ten days ago my dad died from cancer, and even though everything around him was peaceful and quiet, I had never, ever felt so close to wanting to destroy everything: the sound of the world had never been so disturbingly strident.

Rage remained quiet, though. This strident noise could only be heard inside my brain. I didn’t destroy anything. And I wasn’t violent towards anyone. Quite the contrary, I hope. I’ve never felt such a rage, an urge, of cherishing and protecting everyone I love. Rage is a violent desire, rage is passion. I felt it throughout my body. I want to love people completely, even if it means that it will hurt again so badly. I’m enraged with love. I don’t care how that sounds.

Rage. The pain was acute, but it was about shutting up. That’s what was so infuriating about it. Rage was quiet because there wasn’t much to say about it. Rage may already be acceptance; we know we’ll have to accept it too.

To me, rage after the death of a loved one is this: the fact that things will go on, no matter what. That rage is the opposite of chaos. It’s our daily routine. Post-death-rage is knowing that everything and everyone will keep going, because hey, guess what, you’re just one in a billion. The pain that you experience here, this feeling so personal you could swear no one has ever experienced it before you, is in fact one of the most shared emotions in the world… Because no matter how rich, beautiful or powerful you are, you won’t be exempted from dying or getting to know death closely. That rage is so incredibly civilized.

Rage is quiet survival. Because what makes me so angry – the fact that my dad passed away and that the whole world keeps going like it doesn’t give a fuck – is also what saves us: the fact that yes, at the end of the day, you’ll have to keep going too, because the world won’t stop turning for you. Neither will you. You won’t stop breathing, even if the pain feels like you’re about to die from sorrow too. Look, hours have passed already. You’re staring at the ceiling, and yes, maybe you won’t get up for days. But you’re breathing. You’ll get up eventually. You’ve just been reminded how alive you were. Rage is about being reminded of life through its very negation.

A friend was once told me: ‘the hardest bit in a breakup isn’t the fact that the relationship ends. It’s the fact that the world goes on turning, and that you have to accept that none of this actually matters in the grand scheme of thing.’ See that? Your life is upside down, nothing seems to make sense any more, and yet everything around you is completely, logically indifferent to your suffering. People go to work, laugh in the tube and make jokes about someone’s butt. Isn’t it why we feel so angry at everyone when something happens to us – and us only, and absolutely no one we know is responsible for it? Aren’t we just angry because it feels like the whole world should stop turning, and the apocalypse should start right now, because we’ve lost a loved one? Everything should be grave and serious. And this stupid guy on the bus laughs, watching his stupid TV show on his stupid telephone by a stupid window.

The world is indifferent to your loss. It doesn’t mean people will be indifferent: you can and hopefully will be helped and supported by friends and relatives. In my family, we’ve been absolutely blessed in that respect. People have shown incredible support, and sent so many touching words and messages. Those who couldn’t speak have looked at us with so much compassion it was hard to just look back at them.

Rage is this: seeing so many people caring, so many of them sincerely wanting to help you, and knowing that no one, and nothing, will ever change what happened anyway. Acceptance is enraging.

That’s right. Letting go, as they say, makes me furious. Because I know it’s not a choice. It’s something you do to carry on.

Rage is the struggle between resentment and gratefulness. It’s the voice in my head saying: this world sucks so damn much, and another voice saying with the same tone: this world is so incredibly great. Rage is knowing that there’s no contradiction here. The world sucks precisely because it’s great. Let’s face it. If my dad and I had remained polite foreigners to one another, it wouldn’t be so painful to know that I will now no longer talk and laugh with him.


Rage is wanting him here next to me so desperately, and letting him go at the same time. Because that’s what he wanted. He’s always told us. ‘Please don’t change your life for me. Keep living. That’s my last will.’ I smile at the guy on the bus. The guy smiles back. We keep on living. It’s not a choice, it’s just how things go. But why not try to enjoy them, in the meantime?

Rage reminds me how happy I’ve been. And I’ve got a real rage to be happy again. Dad, I swear I’ll carry on.

Well, maybe it’s a choice after all.


Une rage paisible: perte d’un être cher et processus d’acceptation

Je me suis toujours représenté la rage comme une créature écarlate avec un visage déformé, une face bruyante. Je pensais que la rage était nécessairement définie par le chaos, que tout ce qui avait à voir avec la rage c’était des cris qui durent des heures, des objets qu’on explose contre les murs qui nous entourent. Mais la rage ne réside pas seulement dans l’inattendu. Elle ne se montre pas seulement à travers des éclats de violence.

La rage se développe aussi tranquillement dans une chambre rangée, au premier étage d’un hôpital propre et plutôt neuf. La rage vit dans le silence absolu près d’un lit fait au carré près de tubes savamment rangés par ordre de taille. La rage ça n’est pas que le sang et les cris, la rage peut être même assez pâle, et silencieuse. Silencieuse. La rage, c’est quand mon père est décédé il y a dix jours. Non pas dans un tragique accident. Non pas lors d’un attentat ou d’une guerre attroce. Il y a dix jours mon père est mort du cancer, et bien que tout autour de lui était paisible et calme, Je n’ai jamais eu autant envie de tout foutre en l’air: le son du monde n’avait jamais été aussi strident.

Pourtant la rage est restée silencieuse. On ne pouvait entendre ce fameux cri strident qu’à l’intérieur de mon cerveau. Je n’ai rien détruit. Et je n’ai été violente contre personne. J’espère même l’exact contraire. Parce que je n’ai jamais autant eu la rage, le désir fou, de chérir et de protéger ceux que j’aimais. La rage est un sentiment violent. La rage est passion. Je l’ai ressentie à travers tout mon corps. Je veux aimer les gens pleinement, même si ça veut dire que ça fera encore mal à ce point-là. J’ai la rage d’aimer. Je me fous de quoi elle a l’air, cette phrase.

Enragée. La douleur était aiguë, mais elle m’a conduit à la fermer. C’est ce qui était si énervant la concernant. Cette rage-là était silencieuse parce qu’il n’y avait rien à dire. La rage, c’est peut-être déjà de l’acceptation. Parce qu’on sait bien qu’il faudra qu’on l’accepte elle aussi.

Pour moi, la rage ressentie après le décès d’un être cher, c’est ceci : le fait que les choses continueront quoi qu’il en soit. Cette rage-là c’est le contraire du chaos. C’est notre routine quotidienne. La rage qui suit la perte d’un être qui nous est cher, c’est de savoir que tout et tout le monde continuera comme avant, parce que, hé ho, t’es juste un parmi des milliards. La douleur que tu ressens là, cette émotion tellement personnelle que tu pourrais jurer que personne ô jamais personne ne l’a ressentie avant toi, cette émotion-là c’est justement l’une des plus partagées dans le monde. Parce que tout riche, beau ou puissant que l’on soit, on n’échappera pas à la mort – ou au fait de la connaître de très près. Cette rage-là est d’un civilisé…

La rage est une survie discrète. Parce que ce qui me met autant en colère (le fait que mon père soit décédé il y a dix jours et que le monde entier poursuive sa route comme s’il n’en avait rien à secouer), c’est aussi ce qui nous sauve : le fait que oui, au bout du bout, il faudra qu’on continue nous aussi, parce que le monde ne s’arrêtera pas de tourner pour nous. Et nous non plus d’ailleurs. On ne s’arrêtera pas de respirer, même si la douleur est telle qu’on a l’impression qu’on est sur le point de mourir de chagrin également. Regardez, plusieurs heures déjà ont passé. On regarde le plafond, okay, et peut-être qu’on ne se lèvera pas pendant plusieurs jours encore, mais on respire. On finira par se lever. On vient juste de se rappeler qu’on était vivant. On se rappelle de la force de cette vie par sa négation même.

Un jour un ami m’avait dit: « le truc le plus dur dans une séparation, c’est même pas que la relation se termine. C’est que le monde continue de tourner, et qu’on doive accepter que rien de tout ça ne signifiait vraiment quelque chose à l’échelle du monde. » Vous voyez le tableau ? Notre vie est complètement retournée, plus rien ne semble avoir de sens, et pourtant tout autour de nous est complètement, logiquement même, indifférent à notre souffrance. Les gens vont au travail, se marrent dans le métro et font des blagues à propos du cul de quelqu’un. Est-ce pour ça que nous sommes tellement en colère contre tous quand quelque chose nous arrive, à nous seulement, et que personne que l’on connaisse n’en est responsable ? Est-ce qu’on n’est pas en colère simplement parce qu’on a l’impression que le monde entier devrait s’arrêter de tourner, et que l’apocalypse devrait se mettre en route séance tenante, parce qu’on a perdu quelqu’un qu’on aimait ? Tout devrait être grave et sérieux. Et ce con de mec qui rigole dans le bus, en train de regarder sa série à la con sur son téléphone à la con contre une vitre à la con.

Le monde est indifférent à notre perte. Ce qui ne veut pas dire que les gens, eux, seront indifférents : on peut être, et j’espère qu’on l’est généralement, aidé par des amis et des proches dans cette épreuve. Dans ma famille, nous avons eu énormément de chance à cet égard. Les gens nous ont montré un soutien incroyable, et nous ont envoyé bien des messages touchants. Ceux qui ne pouvaient ni parler ni écrire nous ont regardé avec tant de compassion qu’il était dur de simplement les regarder en retour.

C’est ça la rage: voir tant de gens attristés, tant de gens souhaitant sincèrement nous aider, et savoir que rien ni personne ne pourra plus rien changer à ce qui est arrivé. L’acceptation est plus que rageante.

C’est ça. Le lâcher prise, comme ils disent, ça me rend folle de rage. Parce que je sais que ça n’est pas un choix. C’est ce qu’on fait pour continuer d’avancer.

La rage, c’est cette lutte entre le ressentiment et la reconnaissance. C’est cette voix dans ma tête qui me dit : putain qu’est-ce que ce monde c’est de la merde, et une autre voix qui me dit sur le même ton : putain qu’est-ce que ce monde c’est génial. La rage, c’est de savoir qu’il n’y a pas là de contradiction. Le monde est si merdique précisément parce qu’il est si génial. Regardons les choses en face. Si avec mon père nous n’étions restés l’un pour l’autre que de polis étrangers, ça ne ferait pas si mal aujourd’hui de savoir que je ne lui parlerai plus, que je ne rirai plus avec lui.

La rage, c’est de le vouloir à mes côtés si désespérément, et le laisser partir en même temps. Parce que c’est ce qu’il souhaitait. Il nous l’avait toujours dit. “S’il vous plait, ne changez pas votre vie pour moi. Continuez à vivre. C’est ça, ma dernière volonté.” Je souris au gars dans le bus. Le gars du bus sourit lui aussi. On continue à vivre. C’est pas un choix, c’est la manière dont tourne le monde. Mais pourquoi on n’essaierait pas d’en profiter, alors ?


La rage me rappelle combien j’ai été heureuse, et à quel point je désire encore l’être. Papa, je te jure que je continuerai.

Ouais, finalement, c’est peut-être bien un choix.

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