Birthdays, Anniversaries and Grief

french flag pastel

We often talk about the terrible grief we feel when time reaches a significant date concerning a loved one we lost: their birthday, their death anniversary. Also, Christmas, that we used to celebrate together; a wedding anniversary, for those who got married. Fateful calendar, so full of existence. An existence of mingled identities.

We talk a lot less about the grief one feels on another significant date: our own birthday. Maybe we fear the accusation of narcissism, maybe we don’t want to be the first one to remark that pain, grief included, is selfish. Our own birthday, that day our lost loved one used to call us.


I say, unashamed, that pain is selfish. How could it be any different, since I am the one feeling the missing part? I can talk about compassion, I can talk about shared grief. However, the very basis of this pain, whether it does or not mirror that of others, originates in myself. This pain is entirely mine, this pain that I create.


I voice here, still unashamed, the narcissism of such pain: it’s my birthday tomorrow. I could pretend, detached and full of resilience, that this day will be exactely as painful as any other day which followed my dad’s passing away, about two months ago. Or I can ackowledge this pain that only concerns me, this time. This pain selfishly universal, the one which screams: others exist only in my eyes, just like I only exist in theirs. Without their eyes, there’s no grounding. Without them, my name itself would be silent.


Could it be much simpler? Maybe I’m selfish because my dad loved me, with a love I wouldn’t have believed, had it been described by someone else.


Tomorrow – or today, it doesn’t matter, it’s past midnight and I’ll sleep, eventually – I’ll have had my dad’s eyes for 29 years. And it would have been 29 years of him being the first one to call me on every 9th June. Not a text, not an email, not a message. He always called me when I woke up. Wherever I lived or travelled, he considered the time difference and called me when I had just woken up. He was already at work. Not a single time has his call be any later than 8am.


Today, I’ve heard my dad’s voice in my head all day long. Not like some sort of blurred memories, not at all. It was so distincly clear. Not that it’s hard to get it clear, though. There’s always been the same smile in his mediated voice. There’s always been the same happiness of being a part of us just as we were a part of him. He always said the same words, with the same delivery. I don’t even need to close my eyes, his voice is there, so close, near my shoulder.


People who know me know that I really don’t mind about people forgetting my birthday. I understand, everyone lives busy lives, and it’s just a date among others. As far as I can remember, I never got seriously upset if someone forgot it. What hurts so badly, however, is that silence isn’t made of only forgetfulness and busy lives. This time, silence is made of losing someone I loved, and someone I know loved me.


Fortunately, some things stay, with ot without words, in silence or in speech. Tomorrow I’ll be 29, and yes, I’ll have had my dad’s eyes for 29 years. I’ll grow up without him from now on, but I’ll do anything to look at things the way he looked at them. Because his look was saying this: life’s beautiful, you only need to learn how to look at it.

So that I can still hear this voice, loud and clear.


Anniversaires et deuil

On parle souvent de la douleur que représente l’arrivée d’une date symbolique concernant un défunt : son anniversaire, l’anniversaire de sa mort. Et puis aussi Noël, qu’on fêtait ensemble. Un anniversaire de mariage, parfois, pour ceux qui se sont mariés. Calendrier funeste d’être si plein d’existence, celle des identités mêlées.

Ce dont on parle beaucoup moins, me semble-t-il, sûrement par peur du narcissisme, ou parce que personne ne veut être le premier à reconnaître que toute douleur, deuil y compris, est égoïste, c’est l’anniversaire de ceux qui restent. Les anniversaires que lui, le disparu, nous souhaitait.


Je dis, j’assume, que la douleur est égoïste. Comment pourrait-il en être autrement, puisque ce vide-là, c’est à partir de moi que je le ressens ? Je peux parler de compassion, je peux parler de chagrin partagé. Mais au fond, la douleur qui se trouve au fondement de la capacité même de compassion, c’est ma capacité à ressentir en moi cette douleur, qu’elle me vienne ou non d’un autre. Cette douleur qui n’est que mienne, cette douleur que l’on se crée.

J’assume le narcissisme : demain, c’est mon anniversaire. Je pourrais prétendre, détachée et tellement pleine de résilience, que ce jour sera exactement aussi dur que tous ceux qui ont suivi le décès de mon père, il y a un peu plus de deux mois de cela. Ou alors, je peux assumer cette douleur qui cette fois ne concerne vraiment que moi. Cette douleur égoïstement universelle, qui dit : les autres n’existent que par rapport à mon regard, et sans leur regard à eux je suis moi-même sans ancrage. Mon nom lui-même ferait silence.

Ou alors, c’est beaucoup plus simple ; je suis égoïste de son absence tout simplement parce qu’il m’a aimée, aimée comme j’aurais pas cru ça possible si cela m’avait été raconté par un autre.


Demain (aujourd’hui, peu importe, minuit passé, je finirai par aller dormir), ça fera 29 ans que j’ai les yeux de mon père, et 29 ans qu’il aurait été, encore et toujours, le premier à m’appeler chaque 9 juin. Non pas un sms, pas un email, pas un message. Toujours, il m’appelait dès que j’étais réveillée. Où que j’aie vécu et voyagé, il tenait compte du décalage horaire, et il m’appelait au saut du lit. Lui était déjà au travail. Pas une seule fois le coup de fil n’a dépassé les 8 heures du matin.

Toute la journée, aujourd’hui, j’ai entendu sa voix dans ma tête. Pas comme un souvenir flou, non, distinctement. Ça n’est pas difficile : il y avait toujours le même sourire dans son souffle médiatisé, toujours le même bonheur d’être en partie nous comme nous étions de lui. Il disait les mêmes mots, avec le même débit. Je n’ai pas même besoin de fermer les yeux, sa voix, je la sens là, tout contre, près de mon épaule.

Les gens qui me connaissent savent bien qu’il m’importe peu qu’on oublie mon anniversaire. Je comprends, les vies sont chargées de partout, et ce n’est jamais qu’une date parmi d’autres. Je ne me suis jamais, à mon souvenir, formalisée d’un tel oubli. Ce qui fait mal cependant, c’est de savoir que le silence n’est pas fait que d’oubli et de vies trop chargées. Cette année, le silence est aussi fait de disparition de quelqu’un que j’aimais, et qui m’aimait aussi.

Heureusement, il y a les choses qui restent, avec ou sans paroles. Demain, j’aurais 29 ans, et en effet, cela fera 29 ans que j’ai les yeux de mon père. Je grandirai dorénavant sans lui, mais je ferai tout ce que je peux pour poursuivre son regard. Son regard, qui chaque fois disait : la vie est belle, il faut simplement apprendre à la regarder.

Pour que j’entende encore sa voix, oui. Distinctement.

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