The Definitive List of Reasons Why to Attend/Not Attend Funerals

french flag pastel

I’m telling you : my knowledge of death was somewhat limited.

Not that I hadn’t read books and watched films, and visited museums which mainly dealt with death. I had. In fact I had to an extent which encouraged my dad to say: “so you really don’t want to read something else? It’d be good for you, wouldn’t it? The music you listen to, you’re not afraid that it’ll encourage more dark thoughts?” He might have said that, but at the same time all his books dealt with the Second World War, unless they talked about fish. So war, mostly.

Death, I knew none of it. I knew death the same way you know your National Insurance Number: I knew where to get the info should I need it; I knew it existed; I even had seen some; and my very existence developed from it. I’ve never known one of my grandads. So that was death: what you’ve missed. It’s shrinkage. It’s an administrative fact, impossible to deny, but one that still isn’t that eloquent.

Hence why I wasn’t really clear on the reasons why one attends funerals. For instance, I know I’ve said in the past: “yeah, but I don’t know whether I’d go, because I didn’t really know her/him.” I didn’t get it. One doesn’t go only for the deceased. One goes for all those crying for them. One goes to put their hand on the shoulders of the un-deceased.

During the ceremony organised for my dad, there were people, I know it for a fact, who’d never seen my dad in real life. Only in pictures. And even then, I’m not sure about that. Maybe they hadn’t seen a picture of him before they saw those displayed in the church that day. While I’d never considered attending the funerals of someone I’d never have talked to, I didn’t find that in the least weird. In fact, thos people didn’t seem any different from those who used to drink coffee once a week with my dad. Eyes full of this pain they couldn’t hold back, they sent in ours a similar force, similar regrets.

It was probably wrong to believe that these people didn’t know my dad. You certainly didn’t have to share a fondue with him to know who he was. Well, okay, if you had gone to get mushrooms a morning before 7, if you’d smoked a cigarette on his balcony while looking at surrounding mountains, there’s no denying it, you were a little bit ahead. Seriously, though. There was no need to know my dad directly to know who he was. You know it, have you ever just once talked to one of us. You’ve noticed I’m sure the way my mum, at work, said to accointances: “don’t be a stranger, come have a drink at home one of these days, Gilles would be so happy!” The way she smiled saying this, as she was picturing him already pressing the button of the espresso machine. You’ve heard, no doubt, the number of times she said: “well we, Gilles and I…”, as if even in speech, even grammatically, she couldn’t stand the idea of being separated from him. Or perhaps you’ve known my brothers, and you’ve taken good note of their habit of saying “my dad” every fifteen minutes, just in case you didn’t get how much they want to be like him. Maybe you’ve been one of my co-workers, like that guy, in his fifties, who once told me: “seriously, you really want to see your parents often, you’re as thick as thieves, why are you doing that?” I said that there was no reason behind the fact that I loved them a lot, and that even shouting at one another, we liked to do it together. When he heard that, he was really surprised. Surprised at the fact that some children might freely choose to see their parents. Even when friends invited them at night. He heard me say: “no I can’t make it, but please, just come here, my parents will be here too, we’re about to have a barbecue.” He said: “and why does your dad come here for ten minutes in the evening sometimes? Does he have anything special to tell you?” “No, not really, he just pops in because he can. Sometimes he can’t.” “Okay, then”.

So yes, millions of people have not known my dad. But to not know my dad means to not know any of us, nor my uncles, aunts, grandmas, cousins. It means you don’t know any of our neighbours in the Council Estate building, it means you haven’t talked much to the people fishing in the Haute-Savoie region. If you’ve known any of these people, any of these places, you know my dad one way or another, and I’m grateful for that. I love that he doesn’t belong to us.


I thought funerals were mostly for folklore and tradition. That there were aimed at bringing together all the people who directly knew the deceased. I’ve had to change my mind : funerals bring together all of those touched by this one life. Even through many different people, many different layers. Even if they’ve been touched as a knock-on effect. Those people who wrote you a note, called you, thought of your family. Those who can’t set foot in a church but who, on the large cold stones outside, or while typing at work that morning, were just as close as the bench which prevented you from falling. You could feel it, behind your knees. It was cold, yet reassuring.

I’ll never say again: I won’t go because I didn’t really know him/her. It doesn’t matter. What matters is to know anyone hurt by their loss. Friendship makes us at home in other people’s pain.
Man, I didn’t know death could be that warm. Thank you guys.


Liste exhaustive, claire et précise des raisons de se rendre ou non à des funérailles

Moi je vous dis, je ne m’y connaissais rien en mort.

C’est pas faute d’avoir lu des bouquins, vu des films et visité des musées qui ne parlaient que de ça. Au point que mon père, justement, me disait : “sinon, tu ne veux pas lire autre chose ? Ça te ferait du bien, non ? La musique que t’écoutes, t’as pas peur que ça renforce tes idées noires ?” En même temps il disait ça, et ses livres de chevet étaient tous, sans exception ou peut-être si, quand ça parlait de poissons, des livres sur la Seconde Guerre mondiale.

Bref moi, la mort, j’y connaissais mais alors rien du tout. Je connaissais la mort comme on connaît son numéro de sécu : je savais où aller chercher l’info si je la voulais, je savais que ça existait, j’en avais même vu de mes yeux vu, et puis j’étais aussi construite par ça. J’ai un grand-père que je n’ai pas connu. La mort, c’était ça : ce qu’on loupe. C’était un rétrécissement. Un fait administratif impossible à contester, mais pas tellement parlant non plus.

Pour ça que je n’étais pas bien claire sur la raison pour laquelle on allait à un enterrement ou à une crémation. Par exemple, j’ai déjà dit, je le sais : « ben je sais pas si je vais y aller, je connaissais pas vraiment la personne… » Ah ouais, sauf que j’avais pas pigé le truc. On n’y va pas que pour la personne qu’on enterre. On y va pour tous ceux qui le pleurent. On y va pour mettre une main sur l’épaule de ceux qui restent.

Lors de la cérémonie pour mon père, il y a des gens qui, véridique, ne l’avaient jamais vu autrement qu’en photo. Et encore même en photo, je ne suis pas persuadée qu’ils l’avaient vu avant qu’ils ne voient celles posées devant l’autel. Et alors que je n’aurais jamais pensé avant à me rendre à la cérémonie d’adieu d’une personne avec qui je n’avais jamais parlé, je n’ai pas trouvé ça étrange une seconde. De fait, ces gens-là ne présentaient aucune différence avec ceux qui avaient l’habitude de boire le café une fois par semaine avec mon père. Les yeux plein d’une douleur qui leur échappait, ils envoyaient dans les nôtres la même force, les mêmes regrets.

C’était faux probablement de croire que ces gens-là ne connaissaient pas mon père. T’avais certainement pas besoin d’avoir partagé une raclette avec lui pour savoir qui il était. D’accord, si t’étais allé chercher des champis avec lui un matin avant sept heures, si t’avais fumé une clope avec lui sur son balcon en regardant la montagne, on va pas se mentir, t’avais une petite longueur d’avance. Mais sérieusement. On n’a pas besoin d’avoir connu mon père pour savoir qui il était. Si vous avez parlé une seule fois avec l’un d’entre nous , vous le savez. Vous avez sûrement noté la façon dont ma mère, au boulot, disait à des connaissances : « passe-nous voir un de ces quatre, ça fera trop plaisir à Gilles ! » Et elle souriait en vous le disant, de l’imaginer déjà presser sur le bouton de la machine à café. Vous avez entendu aussi le nombre de fois où elle précisait : « ben nous, avec Gilles… », comme si même en parole, même grammaticalement, elle ne voulait pas s’en séparer une minute. Ou peut-être bien que vous avez connu mes frères, et que vous avez noté en douce la façon dont ils disent « mon père » tous les quarts d’heure, au cas où on n’ait pas encore compris à quel point ils veulent lui ressembler. Peut-être, sinon, que vous avez été l’un de mes collègues, comme ce gars-là, la cinquantaine, qui m’a dit un jour : « mais sérieusement, tu veux vraiment voir tes parents souvent, vous êtes cul et chemise, pourquoi tu fais ça ? » Et quand j’ai dit qu’il n’y avait pas d’autres raisons que le fait que je les adorais, et que même gueuler, on aimait le faire ensemble, il avait été surpris. Surpris que des gamins puissent volontairement choisir de voir leurs parents. Même quand des potes les invitaient le même soir. M’entendre dire : « ah non, je peux pas, mais t’as qu’à passer, y aura mes parents, on va se faire un barbecue. » Il m’avait dit : « et comment ça se fait que ton père il passe souvent te voir dix minutes le soir, il a des trucs à te dire, quelque chose de spécial ? » « Non non, il passe juste parce qu’il peut. Et qu’il y a des fois il peut pas. » « Ah bon. »

Bref, il y a bien sûr des millions de gens qui n’ont pas connu mon père. Mais pour ne pas connaître mon père, alors c’est que tu n’as connu aucun d’entre nous, ni mes oncles, ni mes tantes, ni mes grands-mères, ni mes cousins. C’est qu’on pas connu les voisins du HLM, qu’on ne parlait pas des masses aux pêcheurs de Haute-Savoie. Parce que d’une manière ou d’une autre si vous avez connu qui que ce soit ou quoi que ce soit de tout ça, mon père, vous le connaissiez, et je vous en suis reconnaissante. J’aime qu’il ne nous appartienne pas.

Alors les cérémonies, moi, je croyais que c’était un peu pour le folklore, beaucoup pour la tradition, mais surtout pour rassembler tous les gens que connaissaient le défunt. En fait, j’ai dû corriger : un enterrement, une cérémonie, ça rassemble tous les gens qu’une vie a touchés. Des fois après plein de ricochets. Même les ricochets qu’on aperçoit à peine, avec ce brouillard de début de matinée au-dessus des lacs, ces gens qui étaient là, in absentia, ces ricochets ou tu jures à ton frère : « mais si, arrête, j’en ai vu six, moi ! Si tu sais pas compter c’est pas de ma faute, hein ! » Ces gens qui t’ont écrit, téléphoné, ceux qui ont juste pensé à ta famille, ceux qui ne peuvent pas mettre les pieds dans une église mais qui sur les dalles froides du dehors, ou en tapant sur l’ordi de leur boulot à cette heure-là, étaient aussi près de toi que le banc qui t’empêchait de tomber. Derrière les genoux tu le sentais. C’était froid, mais rassurant.

Je ne dirai plus jamais : je n’irais pas car je ne le/la connaissais pas vraiment. C’est pas ça qui importe. Si je connais ceux qui le pleurent, c’est tout ce qui compte. C’est l’amitié qui fait qu’on est toujours à sa place dans la douleur des autres.
Putain, je savais pas la mort si accueillante, merci les gars.

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