Need to Feel Inspired? Talk to the People Around You. Or Call My Mom.

french flag pastel

You too feel a bit shit at the end of the year? You too think that there’s something inherently depressing about the end of a year? Well, you and me both. That’s why I’ve stopped putting pressure on myself to have a wonderful New Year’s Eve. I just want to spend it with people I love and care about, whoever they are, and whatever we do. It no longer matters where or why.

Now I’m not going to talk in this post about how easy it is to feel like the past year’s been shit – something we hear every year anyway.


I’m going to tell you this: we’ll go through this shit together. And again, and again, and again.

Am I just a stupid optimistic? I’m not. Life sucks and hurts. We’re going to lose more people we love. We’re going to be betrayed, disrespected, we’re going to feel angry and lonely and sad, and there’s no way around it. Emotions are there. Does it mean that we’re defined by them? Does it mean we should just give up, then? I don’t think so. And this isn’t because I’ve read books on resilience. It’s because I have a wonderful mom, and today seems a good day to remind her, and all of you, that your ability to keep on going doesn’t go unnoticed; and that thanks to you, just by the simple fact that you keep going, people around you want to keep going on living too.

I’ve lost my dad this year. But hey, guess what, family can cause such funny coincidences: my mom’s lost the one man she’s loved all her life.

Saying that it’s been hard is a cruel understatement.

Yet my mom still is one of the most wonderful forms of inspiration I get every day. Precisely because she doesn’t try to be one. My mom wants to be no role model, no grief teacher. She just does her best to keep going. And she does it so fucking well.

My mom – this fills up my stomach with cold stones every time I think about it – she said when my dad died: ‘I’ve been cut in half. Now I’ll forever be cut in half.’

The pain in her voice, in her words – my mom doesn’t care for rhetoric. The pain in her shaking hands.


But my mom is forever whole. She’s even more than that. She’s ten people and a half. She definitely is part of me anyway, in addition to being herself. Because she keeps going.

My mom, in her fifties, took less than a day to decide that her life needed to be changed. She talked about moving places, and then, she did it. My mom told me: ‘so I’ve been looking for a new job over there…’

Mom, are you not scared, I wanted to scream? (I knew better than screaming that, though) New friends, new surroundings, new job and new home? Anyway, she said, without me even asking: ‘well of course that’s a bit scary. But it needs to be done. Let’s do it, then we’ll see.’

My mom is scared, and she is deeply sad, but that’s what she tells me: we’ll keep going. It’s not even a promise. It is what needs to be done.

My mom would never judge someone who gives up. She doesn’t look down on people who can’t get out of bed, let alone move places. She never, ever judged me for crying for hours for something so trivial I could feel ashamed for years. But mom, she doesn’t give up.

It doesn’t mean she doesn’t cry, and it certainly doesn’t mean she’s okay with everything that has happened. She struggles. But man, I wouldn’t want to be the one fighting against her.

When I think about the year to come, I’m overwhelmed by all the pain we’ll need to go through, again – and again – and again. Then, I remember that my mom has it right: one day at a time. It’s not a year, it’s only so many days put together. It’s not moving places, it’s one decision, and another one, and a phone call, and a discussion with an estate agent. And that’s what life is, too. Only days put together. If you feel overwhelmed, stop for a minute. Use symbols when you need to (anniversaries, rituals). The rest of the time, focus on living one day at a time. One decision at a time. By the way, we don’t always need to have things planned for the next twenty years.

My mom inspires me each time I see her, each time I think of her. My mom never read books about living in the present, but man, she’s an expert in the field.

My mom inspires me. Not that I expect her to be that strong. She knows she doesn’t have to be. But as I said: it’s precisely because she knows she doesn’t have to be, that the fact that she is so incredibly meaningful.



One day at a time, we’ll live 2016 too, and so many years after that.
Happy new year to all, and to all the incredible people out there who inspire us.


Besoin de vous sentir remotivés? Parlez aux gens autour de vous. Ou appelez ma mère.

Vous aussi, vous vous sentez un peu vaseux en fin d’année ? Vous aussi, vous pensez qu’il y a quelque chose d’intrinsèquement déprimant, dans une fin d’année ? Ouais, moi aussi. C’est pour ça que j’ai arrêté de me mettre la pression pour passer une merveilleuse Saint Sylvestre. Je veux juste la passer avec des gens que j’aime et qui comptent, quels qu’ils soient, et quel que soit le programme. Le lieu et le pourquoi n’ont plus d’importance.


Mais je ne vais pas vous parler ici d’à quel point il est facile de se dire que l’année qui vient de passer a été une année de merde – c’est ce qu’on entend chaque année de toute façon.

Je vais vous dire ceci : on sortira de cette merde-là ensemble. Encore, et encore, et encore.

Suis-je juste une débile optimiste? Non. La vie, ça casse les couilles, et ça fait mal. On perdra encore des gens qu’on aime. On se sentira trahis, on nous manquera de respect, on sera en colère, triste et terriblement seul. Pas moyen de faire autrement. Les émotions sont là. Mais est-ce que ça veut dire qu’elles nous définissent? Est-ce que ça veut dire qu’on n’a qu’à abandonner, si c’est comme ça ? Je ne pense pas. Et ce n’est pas parce que j’ai lu des livres sur la résilience. C’est parce que j’ai une mère extraordinaire, et aujourd’hui semble une opportunité parfaite de lui rappeler, et de vous rappeler à vous aussi, que votre capacité à continuer de vivre mérite qu’on la remarque. Parce que grâce à vous, grâce à ce simple fait que vous continuiez, les gens autour ont envie de continuer à se battre aussi.

J’ai perdu mon père cette année. Mais, hé, devinez quoi, la famille peut être à l’origine de marrantes coïncidences : ma mère a perdu l’homme qu’elle a aimé toute sa vie.


Dire que ça a été difficile, c’est si cruellement faible qu’il vaut mieux ne rien dire.

Et pourtant ma mère est encore aujourd’hui l’une des plus merveilleuses sources d’inspiration, ou forces de motivation, que je reçois chaque jour. Précisément parce qu’elle ne fait pas les choses pour en être une. Ma mère ne désire pas être un modèle, ni une prof de comment faire un deuil. Elle fait juste de son mieux pour continuer. Et elle le fait putain de bien.

Ma mère – ça me remplit l’estomac de pierres gelées chaque fois que j’y pense – elle a dit quand mon père est décédé : ‘ça m’a coupée en deux. Maintenant je suis pour toujours coupée en deux.’

La douleur dans sa voix, dans ses mots. Ma mère s’en balance, de la rhétorique. Sa douleur, dans ses mains qui tremblent.

Pourtant ma mère est pour toujours entière. Elle est même bien plus que ça. Elle est dix personnes et demie. En tout cas, elle est dans moi en partie, en plus d’être elle-même. Parce qu’elle continue sa route.

Ma mère, la cinquantaine passée, a mis moins d’un jour pour décider que sa vie devait changer. Elle a parlé de déménager, et puis, elle l’a fait. Ma mère me disait : « donc j’ai cherché un nouveau boulot là-bas… »

Mais maman, tu n’as pas peur, je voulais gueuler? (je savais qu’il valait mieux que je ne le fasse pas) Nouveaux amis, nouvel environnement, nouveau travail, nouveau foyer ? Elle a répondu, sans que j’aie besoin de lui demander : « oui bah bien sûr que ça fait un peu peur. Mais je dois le faire. On va le faire, et puis on verra bien. »

Ma mère angoisse, et est profondément triste, mais voici ce qu’elle me dit : on va continuer à vivre. C’est même pas une promesse. C’est ce qu’on doit faire.

Ma mère ne jugerait jamais quelqu’un qui abandonne. Elle ne regarde pas avec arrogance les gens qui n’arrivent même plus à quitter leur lit, alors déménager n’en parlons pas. Elle ne m’a jamais jugée quand je chialais pendant des heures pour un truc si futile que je pourrais en avoir honte pendant des années. Mais ma mère, elle n’abandonne pas.

Ça ne veut pas dire qu’elle ne pleure pas. Et ça ne veut certainement pas dire qu’elle est cool avec ce qui s’est passé. Elle lutte. Mais mon gars, j’aimerais pas être celle qui me bat contre elle.

Quand je pense à l’année à venir, je me sens quasi noyée par la douleur qu’on devra vivre, encore, et encore, et encore. Et puis je me souviens que ma mère a raison ; un jour à la fois. Ce n’est pas une année, en fait, c’est juste des jours qu’on met à la suite. Ce n’est pas un déménagement, c’est une décision, et puis une autre, et puis un coup de téléphone, une conversation avec un agent immobilier. La vie, c’est ça aussi. Juste des jours regroupés ensemble. Si vous vous sentez submergés, arrêtez-vous deux secondes. Utilisez vos symboles quand vous en avez besoin (anniversaires, rituels). Le reste du temps, concentrez-vous sur un jour à la fois. Une décision à la fois. D’ailleurs, on n’a pas toujours besoin de planifier pour les vingt ans à venir.

Ma mère me donne de la force et de la motivation chaque fois que je la vois, chaque fois que je pense à elle. Ma mère n’a jamais lu de bouquins qui apprennent à vivre dans le moment présent. Mais bordel, elle est est experte dans ce domaine.

Ma mère me donne de la force et de la motivation. Pas parce que j’attends d’elle qu’elle soit forte. Elle sait qu’elle n’a pas à l’être. Mais comme je l’ai dit : c’est justement parce qu’elle sait bien qu’elle n’a pas à être forte, que le fait qu’elle le soit a tellement de sens.

Un jour à la fois, on vivra 2016 aussi, et plein d’années après ça.

Bonne année à tous, et à tous ces gens qui nous inspirent et nous aident à vivre.

Top

Advertisements

Choices and Pain – Mission: Not Impossible

french flag pastel

At last, I had admitted to living with depression and a rather severe case of OCD. I had finally used words to express the fact that my feet were stuck in concrete as soon as I was about to get up in the morning. You might think I was therefore ready to accept things for what they were, to accept reality.

But I kept getting mistaken for quite a while, still. A while when I believed that to choose necessarily meant: not getting hurt.

Allow me to elaborate.

I’m chatting with a friend on the phone. We’re trying to understand how and why I ended up there. – At the time, she’s one of the few to whom I’ve told that word: depression. As she’s putting together a list of events, she says: ‘and it’s true also that you’ve moved places so many times these last few years…’ I don’t know what she’s on about. I try to tell her she got it wrong: ‘no, each time I moved places, I had decided I would. I chose, everytime.
– So… ?
– So it’s not as if I’d been forced to move. So… I can’t have been hurt by it. It can’t have anything to do with my breakdown.’

We’re both silent.

Then my friend says this, without being impatient, without sighing: ‘you realise, though, that some decisions can hurt us, even if we made them?’

Well, no.

No I hadn’t realised that.

For me, there were only two possibilities in life: either you choose stuff, then you’re happy and that’s awesome. Or you don’t choose stuff, then you’re miserable and it sucks.

I was convinced that whatever we had chosen couldn’t hurt us in any way. Rather: that we weren’t allowed to feel pain or get hurt. Because for a long time I’ve had these verbs, ‘moaning’ and ‘getting hurt’, mixed up.

But we need to face that fact, even though we feel guilty for it. Of course there will be things we’ll choose and never regret, and it’ll still be hurtful to make those decisions. Sometimes it’ll hurt for years. This doesn’t mean than we necessarily have to suffer from our decisions – if not, then that’s great! But indeed, it’s possible that something hurts, even when you’ve decided it yourself.

A break-up. A farewell. A divorce; or two; three divorces. An abortion. Or being a mother when you didn’t really want to be one. No longer seeing a member of one’s family. No longer meeting a close friend, whom we no longer understand. Leaving a job for a partner we love. Leaving our partner for a job we love. Or leaving them both, partner and jobs, and go live in Mongolia because we can’t make up our minds.

I had never thought that if something hurt, it meant a bad decision was made. I’ve thought so many times that I didn’t regret my choices, and that I’d make exactly the same choices again should I need to, even when they were painful. Truth be told, though: to avoid the whole situation, I removed myself from the process far before this could happen. For I am a bit naive, so I thought that pain could only exist if you mentioned it. No pain mentioned = no pain at all. After shutting up for a while, you’d end up believing it was true.

Let’s add a bit of self-loathing into the mix: ‘hey bitch, you’re not seriously moaning about travelling, are you!?!’

However, I could have buried my head in the sand all I wanted, the thing is, moving places is the third cause of depression after grief and getting fired. Moving places can shake you pretty hard. It’s about determining the value of your life again, depending on the amount of boxes, or books, or outrageously expensive watches, depending on your lifestyle. It’s about being reminded that you are, after all, pretty much like this pile of admin stuff and bills, or like a bunch of this crap you never use. Then, you also need a new social life: meeting new people, liking them, hating them, respecting etiquette, being disappointed, inviting someone over for the first time, fearing they’d judge us as soon as they’d be in your place, being nice – although not too nice, caring – although not too much, being funny – although not too funny.

What’s more, when we live with OCD, change is particularly scary. It must be said. All common patterns are blown away, the environment gets more unwelcoming, you need to start from scratch again. Not that you had evolved a lot further from this, but still, you’re going back to square one. You take a look at the cooker eighteenth more times, because you’re not used to the way its buttons are oriented. And the front door… How can I know I’ve locked it, I don’t know it? No confidence whatsoever, doubts rising. What if electricity is not working properly here, and my alarm won’t go off? Shit I need to double(and more)-check. And oh my god it’s 11pm but I need to go to work right now to ensure that I don’t take the wrong path tomorrow.

I’ve changed countries, environments, walls and friend circles. I’ve moved out with a car, just my feet, on a plane or a train. And I had never realised it could have impacted me.

On the phone, I said to my friend: ‘you know, I’m lucky, I’m well aware of that! It’s a wonderful act of freedom, being able to do so.
– Does it mean it’s all easy, then?
– … Fuck it. You might be right.’

Still to this day, there are times I’m mistaken. I take getting hurt for complaining, moaning about stuff. And I believe you can’t moan about something you’ve chosen.

Yes, I think complaining about your own choices may not be very constructive. However, I have since then understood that to confess you feel weak doesn’t mean you’re moaning.

I’ve moved again recently. It was a choice. I’m lucky. But even then it was bloody hard not to look forty times at the cooker. Now, I think I got how to say it, without fearing I’m a bourgeoise with my diamond shoes too tight: I’m happy about it. It hasn’t been easy every day, but I’m happy I’ve done it.



Feeling hurt isn’t a passive state for professional complainers. Feeling hurt is also a choice, that of looking at things the way they are, and say: ‘Well, it damn hurts. But it’s not the end of the story yet.’ That’s about choice. Feeling hurt is about keeping going, because the after-pain is going to be so worth it. Now stop me please, because in two seconds I’m going to tell you that to get hurt is to be an optimist.

Oops. Too late.


Choisir et souffrir : mission pas impossible

J’avais enfin admis ma dépression et l’état plutôt alarmant de mes TOC, osé poser des mots sur le fait que je sentais mes pieds pris dans du ciment dès le lever. On pourrait croire que j’étais enfin prête à voir les choses clairement, à accepter la réalité.

Pourtant, je me suis plantée encore un bon moment. Moment pendant lequel j’ai cru que choisir, c’était forcément ne pas souffrir.

J’explique.

Alors qu’une amie discute avec moi au téléphone du pourquoi et du comment j’ai pu en arriver là (à ce moment-là, elle est parmi les seules à qui j’ai dit le mot dépression), elle me dit, après avoir énuméré certains événements : « et puis, c’est vrai aussi que tu as déménagé tellement ces dernières années… » Je ne comprends pas bien là où elle veut en venir. Je tente de lui signaler qu’elle fait fausse route : « ah non mais ça, c’est moi qui l’ai choisi, à chaque fois.
– Et alors?
– Eh ben alors c’est pas comme si on m’avait forcée. Donc ça, ça n’a pas pu me faire souffrir. Ça n’a pas pu contribuer à la chute. »

Un gros blanc.

Et puis mon amie énonce clairement, sans soupirer, sans impatience : « tu es consciente que certaines décisions, même si c’est nous qui les prenons, peuvent nous faire souffrir quand même? »

Ha ben non.

Non, je n’en étais pas consciente.
Pour moi, il y avait deux possibilités dans la vie : ou bien tu choisis les choses, et donc t’as de la chance c’est super. Ou bien tu ne les choisis pas, et alors c’est l’horreur et tu souffres.

J’avais la conviction que ce qu’on choisissait, on n’en souffrait pas. Plutôt : qu’on n’avait pas le droit d’en souffrir. Oui, j’ai longtemps confondu souffrir et se plaindre, aussi.

Pourtant admettons-le, même si on se sent coupable de se dire des trucs comme ça : bien sûr qu’il y a des tas de choses que l’on choisit que l’on ne regrettera jamais, mais qui nous font néanmoins souffrir, parfois pendant des années. Ce qui ne veut pas dire que l’on souffre forcément de ses décisions (tant mieux si ça n’est pas le cas, évidemment!), mais oui, on peut en souffrir, alors même qu’on les a prises en notre âme et conscience.

Une séparation amoureuse. Un départ définitif. Un divorce, ou deux, ou trois. Un avortement. Ou au contraire être mère alors qu’on ne le voulait pas réellement. Arrêter de parler à un membre de sa famille. Couper les ponts pour de bon avec une amie très proche, avec qui on ne se comprend plus. Quitter un travail qu’on adore pour son conjoint. Quitter son conjoint pour un travail qu’on adore. Quitter les deux et partir vivre en Mongolie parce qu’on ne peut pas choisir.

Je n’ai jamais pensé que si une chose nous faisait souffrir, c’est qu’elle découlait nécessairement d’une mauvaise décision. Je me suis dit plein de fois que je ne regrettais pas ce que j’avais choisi, et que je referais les même choix, même si j’en avais souffert, si je devais les refaire. Mais la vérité, c’est que pour couper court, je choisissais de mettre fin au processus en amont : je ne voulais pas souffrir. Et comme je suis un peu naïve, je croyais que la douleur ça n’existait que si on la disait. En la fermant, on finirait bien par se convaincre que tout allait bien.

Ajoutez à ça un soupçon de mépris de soi : « ben oui, connasse, tu vas pas te plaindre alors que tu voyages en plus!?! »

J’ai eu beau faire l’autruche, ça n’est pas pour rien que les déménagements sont la troisième cause de dépression après le deuil et le licenciement. Ça remet tellement de choses en question, ça amène à chaque fois à ré-évaluer sa vie en nombre de cartons, sa valeur sociale en poids de bouquins ou de montres de luxe, c’est selon. On se rappelle qu’on est surtout une bonne dose de papiers administratifs et de trucs qui ne servent à rien. Et il faut recommencer à exister socialement : rencontrer de nouvelles personnes, bien les aimer, les détester, respecter les conventions sociales, être déçue, inviter pour la première fois, avoir peur qu’on nous juge sitôt passé la porte, être gentille, mais pas trop, attentionnée, mais pas trop, rigolote, mais pas trop.

Et puis, en ce qui concerne les TOC, le changement est particulièrement effrayant, il faut bien le dire : tous les repères flingués, un environnement hostile, tout reprendre à zéro (pas qu’on soit partis de beaucoup plus haut, mais bon, ça fait toujours une rechute). Regarder la nouvelle cuisinière dix-huit fois de plus car on n’a pas l’habitude de la manière dont sont orientés les boutons. Et la porte d’entrée. Comment être sûre qu’elle ferme, je ne la connais pas? Confiance en rien, encore plus de doutes. Et si le circuit électrique était pourri et que mon réveil ne sonnait pas? Et si j’oubliais de me lever pour mon premier jour au travail? Est-ce que je ne l’aurais pas débranché en le vérifiant, ce radio-réveil? Bordel il faut que je re-vérifie. Et oh mon dieu il est 23h mais il faut que je refasse le chemin jusqu’au travail pour être sûre que demain je ne me trompe pas de route.

J’ai changé de pays, j’ai changé d’environnement, de murs et d’entourage. J’ai déménagé en voiture, à pied, en avion et en train. Dans ma tête aussi. Et je ne m’étais jamais vraiment rendu compte que ça avait pu m’affecter.

Au téléphone, j’ai dit à mon amie : « mais tu sais, j’ai de la chance, j’en ai conscience, hein! C’est une liberté extraordinaire de pouvoir faire ça.
– Et ça veut dire que tout est facile?
– … Putain. Ça fait chier, t’as peut-être bien raison. »

Encore aujourd’hui, je sais qu’il y a plein de fois où je confonds. Je crois que souffrir c’est se plaindre. Et je crois qu’on n’a pas le droit de se plaindre d’un truc qu’on a choisi.

Je pense toujours qu’il est peu constructif de se plaindre d’un truc qu’on a choisi. Mais depuis, j’ai compris que tout aveu de faiblesse n’était pas forcément une complainte.

J’ai déménagé à nouveau il n’y a pas longtemps. C’est entièrement un choix. J’ai de la chance. Mais j’ai quand même eu un mal de chien à regarder moins de quarante fois la cuisinière. Maintenant j’ai compris comment le dire pour ne pas avoir l’impression de chialer d’être une bourge avec des chaussures en diamant trop serrées: je suis super contente. Ça n’a pas été facile facile tous les jours, mais je suis tellement contente de l’avoir fait.

Souffrir ça n’est pas juste un état passif de gens râleurs. C’est aussi choisir de se regarder en face, et se dire : « Ouais, bordel. J’ai mal. Mais ça ne s’arrête pas là. » C’est ce choix-là, souffrir, ce choix de continuer, parce qu’au fond, l’après souffrance vaut tellement le coup. Arrêtez-moi là cela dit, car dans deux secondes je vais vous dire que souffrir, c’est presque une marque d’optimisme.

Oups. Trop tard.

Top