Long-lived Deads

french flag pastel

I know my dad is dead. I’m in no denial. I know he passed away, thank you very much. So why is it that every day still, every freaking day, I experience that sort of moment – only two seconds, even less I guess – when it feels like I forgot, like I need to learn again that he is gone?

Most of the times, it’s in the morning. I thought that the feeling would pass. I thought: ‘it’s because it’s just too recent. Your subconscious, still clouded by your sleep, doesn’t realise what is and what isn’t’ – for god’s sake, sometimes I have to actually wonder whether I did in fact have a coffee with Beyoncé at my place yesterday… If that doesn’t tell you how vivid my dreams are… (once fully awake I realise I don’t like coffee, so I know I’ve been dreaming.) So anyway, I thought it would pass, just as the ‘I’m-friend-with-Beyoncé’ feeling will pass after I’m 12.

Except it didn’t pass. Like the fact that I keep dreaming I have coffee with famous people, even though I know none of them, and I don’t like coffee.

I think I’ve accepted it, when my father passed away. Not that I was happy or relieved in any way – of course not. But it was so absurd that it happened quickly. It was so unbelievable that it got real. And now, his absence is so real I can’t believe it.

When something nice happens, and I think, for a split second: ‘I can’t wait to tell D..’ and it’s like swallowing petrol. When something terrible occurs, and I think: ‘thank God dad will understand how I feel’… Or when nothing happens, nothing, and just like that, I think: ‘I’ll call him later today’. And another cruel voice screams: ‘NO YOU WON’T! NO YOU WON’T!’

How did I ever believe that death was about a date? How did I think it was all about that one day – yeah, okay, maybe a week…? I think I’ve paid far too much attention to the dates which seal the graves. So and so, 1912-1958. Another one, 1945-2011. And that little one there, 1952-1952. There were too many dates, I panicked, I focused on numbers while they were growing inside of me.

I thought it was about that one day. That one terrible day they always show in movies, because it’s dramatic, because it creates empathy, because what we fear – what I feared the most was that one minute. It would be like jumping from a bridge. They don’t tell you the ground will never feel the same again. Or maybe they did. And I didn’t want to listen. That day, I was probably too busy having coffee with my dad. And Beyoncé. Even though I don’t like coffee.

But my dad knew it, and he never had a cup of coffee without asking me: ‘mint tea for you?’


La longévité des morts


Je sais que mon père est mort. Je ne suis pas dans le déni. Je sais qu’il est décédé, merci beaucoup. Alors pourquoi est-ce que chaque jour, encore aujourd’hui, chaque putain de jour, je ressens ce truc à un moment (deux secondes, sûrement moins), c’est comme si j’avais oublié qu’il n’était plus là, et que je doive l’apprendre à nouveau.

La plupart du temps, ça arrive le matin. Je me disais que ça passerait. Je me disais : « c’est parce que c’est encore trop récent. Ton subconscient, encore embrumé de sommeil, ne se rend pas encore compte de ce qui est réel, et de ce qui ne l’est pas ». Bordel, des fois je dois même me demander sérieusement si j’ai vraiment pris un café avec Beyoncé chez moi la veille… Si après ça, vous ne comprenez pas que mes rêves font trop réalistes… (mais ensuite toujours je me rends compte que je n’aime pas le café, donc je comprends que je rêvais) Bref. Je pensais que ça passerait, tout comme la sensation « je-suis-copine-avec-Beyoncé ».

Sauf que ça n’est pas passé. Tout comme le fait que je persiste à rêver que je prends le café avec des gens célèbres, même si je n’en connais aucun, et que je n’aime pas le café.

Je crois que je l’avais accepté, le jour où mon père est décédé. Non pas que je m’en réjouissais, ou même que ça me soulageait – bien sûr que non. Mais c’était tellement absurde que c’est passé vite. C’était tellement inimaginable que ça a été réel. Et maintenant, l’absence est si réelle que je n’arrive pas à l’imaginer.

Quand quelque chose de chouette m’arrive, et que je pense, pendant une fraction de seconde : « j’ai hâte de le dire à p… » Et d’un coup c’est comme avaler de l’essence. Quand quelque chose d’horrible arrive, et que je me dis : « heureusement, papa comprendra ce que je ressens… » Ou alors quand rien ne se passe, et que juste comme ça, je me dis : « tiens, je l’appellerai plus tard », et qu’une autre voix hurle, cruelle : « HÉ BEN NAN ! HÉ BEN NAN ! »

Comment ai-je pu croire que la mort concernait une date ? Comment ai-je pu penser que tout tournerait autour de cette date (okay, de cette semaine-là alors). J’ai dû porter bien trop d’attention aux dates scellant les tombes. Là, 1912-1958. Ici, 1945-2011. Et cette petite, là, 1952-1952. Il y avait trop de dates, j’ai paniqué, je me suis concentrée sur les chiffres pendant qu’ils grandissaient en moi.

J’ai cru qu’il s’agirait de ce jour-là. Ce jour qu’on montre dans les films pour le côté grand dramaturge, parce qu’il crée de l’empathie, parce que ce dont on a peur – ce dont moi, j’avais peur, c’était de cette minute-là, que ça soit comme de sauter d’un pont. On ne nous dit pas qu’en fait, le sol n’aura plus jamais la même consistance après. Ou peut-être qu’on me l’a dit. Ce jour-là, je devais être trop occupée à prendre un café avec mon père. Et avec Beyoncé. Même si moi, le café, j’aime pas ça.

Mais mon père le savait, et il ne se servait jamais une tasse de café sans me demander : “je te fais un thé à la menthe ?”

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