A Material Girl

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About ten to fifteen years ago, I decided that my body and I would live completely different lives. I didn’t like my body at all. Now I’m not just talking about not liking my legs, my left arm, the shape of my right ear, or anything like that. I loathed the fact that I needed to exist as a physical being. My only aim was to become a floating mind, so that:

– I would be able to forget all physical needs.

– I wouldn’t be dependent on anything. (Yeah, that’s what I thought… because really, if you’re not even dependent on yourself, who or what could ever keep you down?)

– I would never EVER be superficial. (Because it’s a well-known fact that people who have a body are superficial.)

– I would no longer care about being ‘pretty’ for anyone, I would no longer care about their beauty standards. (Except that this was a huge lie, you see. I wouldn’t have worn a skirt with my legs unwaxed, even when I got less than two hours of sleep at night. That was certainly not because I loved waxing more than sleeping, but because I knew people would judge me if I did show hairs on my bare legs. Dude, what an independent mind indeed!)

During all these years, every time someone commented on my physical appearance, I thought it was because they were so awfully superficial and resentful that they couldn’t deal with a free mind. – Yeah, right… That’s self-defence according to me, not going to be a best-seller I know.

Let me explain. A few people had enough guts, or cared enough about me, to say: ‘hey Lou, you look extremely tired.’ Here’s what I heard: ‘Fuck you Lou, you look so awful that I would be ashamed to go out if I were you. Social conventions force me to say that the reason for your ugly self is tiredness, but really you just look crap, no mitigating circumstances.’

When they said: ‘Lou, don’t you think you need to sleep a little bit more at night?’ I heard: ‘For God’s sake, Lou, can’t you hide your ugly face from the world? Do I really have to see that thing every day? At least if you slept, right now, I wouldn’t have to look at you. Why can’t you be as fresh as so and so?’

Until very recently, I thought that not listening to their comments and warnings was resistance to oppressing norms.

Then one day my body slapped me in the face. First time. I slept for three days and developed several infections. Didn’t pay attention.

Following that, my body kicked me in the back, stomach and shoulders for years. Never listened. Kept walking, goddamn it!

Then there was this day when my body headbutted me so hard I couldn’t get up anymore. Fucking bully.


What I had to accept, then, was unacceptable to me: like it or not, you’re living in a material world, and you’re a material girl. Now that doesn’t mean you need to shop at H & M every week. It doesn’t mean you have to worship money. I don’t. I don’t despise it either. It means you’re physical, period. You’re a material girl. You’re made of flesh and organs, just as everyone is. Which means that you can continue denying your own body, it will always remind you that it’s tougher than your mind. Because, guess what? No body, no mind. – Feel free to adapt this to a Bob Marley song, and then get up, stand up for your rights.


Acknowledging that the world is a material one helps us keep our feet on the ground. It helps us know our limits. Because we do have limits. We’re not abstract ideas or concepts. We’re real.

Also, if people remind you that you’re living in a material world, don’t get too upset. It might not be because they’re arrogant superficial capitalists, only concerned by appearances. Actually, after a while, I realised that no one told me that I look tired or sick because they wanted me to lack self-confidence. Let’s put things into perspective one more time. People are too busy living in a material world of their own to judge your every dark circle.

Don’t overthink friendly observations. People who really want to judge you and make you feel miserable wouldn’t stop at a mere: ‘oh dear, you look tired’. They would probably say: ‘you look like shit, you’re worthless’. That’s called harassment. And you certainly don’t have to listen to this bullshit. Try to find people who can help you, try not to be alone if you can. Your body is as precious as your mind, no one can make you feel otherwise.

And if you’re the one harassing yourself, similarly, try to find people who can help you. Try not to be alone if you can. Your body is as precious as your mind, even yourself can’t make you feel otherwise.


Une fille matérielle

Il y a à peu près dix ou quinze ans, j’ai décidé que mon corps et moi vivrions des vies complètement différentes. Je n’aimais pas du tout mon corps. Et je ne parle pas de ne pas aimer mes jambes, mon bras gauche, ou la forme de mon oreille droite. Non. Je détestais le fait que je dusse (comme quoi apprendre le subjonctif imparfait ça peut servir pour écrire un blog) exister en tant qu’être physique. Mon unique but était de devenir un esprit flottant, afin que :

– Je puisse oublier tout besoin physique.

– Je ne sois plus dépendante de rien (ouais, c’est ce que je pensais… Parce que sérieusement, si vous ne dépendez même pas de vous-mêmes, qui ou qu’est-ce qui pourrait bien vous maintenir la tête baissée ?)

– Je ne sois jamais, ô grand jamais, superficielle (Parce que c’est bien connu que les gens qui ont un corps sont superficiels).

– Je puisse enfin me foutre d’être « belle » pour quelqu’un, afin que je puisse enfin ignorer les standards de beauté (à part que ceci était un mensonge énorme, voyez-vous. Je ne serais jamais sortie en jupe avec les jambes non épilées, même quand je m’accordais moins de deux heures par nuit pour dormir. Ce n’était certainement pas parce que je préfèrais l’épilation au sommeil, mais parce que je savais que les gens me jugeraient si je montrais des poils sur mes jambes nues. Hé mec, quel esprit indépendant, un truc de ouf !)

Durant toutes ces années, chaque fois que quelqu’un a fait un commentaire sur mon apparence, j’ai pensé que c’était parce qu’ils étaient tellement superficiels et frustrés qu’ils ne pouvaient pas accepter un esprit libre (Ouais, c’est ça… C’est ma technique de self-défense, ça vendra pas des masses je sais bien).

Laissez-moi vous expliquer. Quelques personnes ont eu le courage de me dire, ou m’appréciait suffisamment pour me dire : « Hé, Lou, tu as vraiment l’air fatiguée ». Et ça, c’est ce que j’entendais : « Putain, Lou, tu es tellement horrible que j’aurais honte de sortir si j’étais toi. Les conventions sociales me forcent à dire que la raison à ta laideur c’est la fatigue, mais en fait tu ressembles juste à rien, aucune circonstance atténuante. »

Et quand ils disaient : « Lou, tu crois pas que tu devrais dormir un petit peu plus la nuit ? », j’entendais : « Pour l’amour du ciel, Lou, tu peux pas éviter d’imposer au monde ta sale tronche ? Est-ce que j’ai vraiment besoin de voir ça tous les jours ? Au moins si tu dormais, là, j’aurais pas à te regarder. Pourquoi tu peux pas être aussi fraîche qu’untel ou unetelle ? »

Jusqu’à très récemment, je pensais que ne pas écouter ces commentaires et ces avertissements était une forme de résistance face à des normes oppressives.

Et puis un jour mon corps m’a giflé en pleine tête. Première fois. J’ai dormi pendant trois jours et développé plusieurs infections. Je n’en ai pas tenu compte.

Suite à ça, mon corps m’a donné pas mal de coups dans le dos, l’estomac et les épaules. Jamais écouté. J’ai continué à avancer, bordel !

Quand il y a eu ce jour où mon corps, ce fouteur de merde, m’a foutu un tel coup de boule que je n’ai plus pu me lever.


Ce que j’ai eu à accepter alors m’était inacceptable : que tu le veuilles ou non, tu vis dans un monde matériel, et tu es une fille matérielle. Ça ne veut pas dire que tu dois aller faire du shopping à H & M toutes les semaines. Ça ne veut même pas dire que tu dois vouer un culte à l’argent. Ça tombe bien, je ne lui voue pas un culte. Je ne le méprise pas non plus. Bref ça veut juste dire que tu existes physiquement, un point c’est tout. Tu es une fille matérielle. Tu es faite de chair et d’organes, comme tout le monde. Ce qui signifie que tu peux continuer à nier l’existence même de ton corps, mais il te rappellera toujours qu’il est plus fort que ton esprit. Tu sais pourquoi ? Parce que no body, no mind – Libre à vous de chanter ça sur un air de Bob Marley pour mettre un peu l’ambiance.


Reconnaître que le monde est matériel nous aide à garder les pieds sur terre. Nous aide à connaître nos limites. Parce qu’on a des limites. Nous ne sommes pas des idées abstraites ou des concepts. Nous sommes réels.

Aussi, si des gens vous rappellent que vous vivez dans un monde matériel, ne vous énervez pas trop vite. Ce n’est peut-être pas parce que ce sont d’arrogants capitalistes superficiels, qui se préoccupent uniquement des apparences. En fait, au bout d’un moment, j’ai réalisé que personne ne me disait que j’avais l’air fatiguée ou malade parce qu’ils voulaient que je manque de confiance en moi. Prenons encore une fois un peu de recul. Les gens sont trop occupés à vivre dans leur propre monde matériel pour juger chacune de nos cernes.

N’interprétez pas démesurément des observations amicales. Les gens qui veulent vraiment vous juger, et qui veulent que vous vous sentiez vraiment mal, ne s’arrêteront probablement pas à un simple : « oh ma pauvre, tu as l’air fatiguée ». Ils diront probablement : « Tu ressembles à que dalle, tu vaux rien. » Ça s’appelle du harcèlement. Et vous n’avez certainement pas à écouter ces conneries. Essayez de trouver quelqu’un pour vous aider, essayez de n’être pas seul, si vous le pouvez. Votre corps est aussi précieux que votre esprit, personne ne peut vous dire le contraire.

Et si c’est vous qui vous harcelez vous-même, mêmes conseils : essayez de trouver quelqu’un pour vous aider. Ne restez pas seul si vous le pouvez. Votre corps est aussi précieux que votre esprit, et pas même vous ne pouvez dire le contraire.

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The Power of Absence

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I haven’t been online much lately. Not because I didn’t want to, but because depression has also taught me this: ubiquity isn’t a superpower. It’s a ludicrous ambition that I no longer want to fulfil.

One can easily understand why being everywhere at the same time seems like an interesting perspective. To me, for instance, it’s because if it were possible, I could be with all the people I love every day. People would say that weddings have been invented precisely for that purpose… Except that in my idea of ubiquity, you see, there’s neither feeling of guilt nor obligation, there’s neither social convention nor family pressure. Only all the people I love, and they all magically get along.

So many of us are trying to be everywhere at once. And yet, being able to be absent is one of our greatest privileges.


Too often absence is considered a pain. It means death, it means deficiency, it means being all alone, it means lacking something essential and being scared. But absence might well be the strongest form of commitment: in order to help someone, you need to be absent for many others; in order to truly assist the people you cherish, others will have to miss you for a while; in order to live a longer life, you’ll probably have to face, sadly, the death of lovely friends and parents; To figure out what you really want, and who you truly are, you’ll need to be on your own, albeit spiritually, for some time.

And to truly live these moments, to be there when you need, you may have to forget everything else. Yes, everything else. There are times you need to leave all fears and hopes behind. Why hopes? This is not a pessimistic statement. Not at all. Hopes, just as fears, must be left behind sometimes, so that we can genuinely focus on what we have, and find a way to enjoy it.


I know, dreaming is wonderful. It helps us all to hope that things are going to get better. Sometimes, however, they don’t. Again, I’m not being pessimistic, I’m being honest. In that case, when things don’t turn out to be better, what do you think would be best? To remember when things were great, or when things were… well… just about okay, because we were dreaming of something else?

Being absent can be one of the strongest forms of presence. Not hoping for anything better can be the more hopeful feeling ever. And I can’t believe my last sentences sound so much like an extract of a reduced-priced self-help book. I may well turn into a pink unicorn very soon. Watch this space…


Le pouvoir de l’absence

Dernièrement, je n’ai pas beaucoup été sur internet. Pas parce que je n’en avais pas envie, mais parce que la dépression m’a aussi appris ceci: l’ubiquité n’est pas un superpouvoir. C’est une ambition absurde que je ne cherche plus à réaliser.


On peut aisément comprendre pourquoi être partout au même moment semble une perspective intéressante. Pour moi, par exemple, c’est parce que si c’était possible, je pourrais être avec tous les gens que j’aime tous les jours. Les gens vont dire que les mariages ont justement été inventés pour ça… A part que dans mon idée de l’ubiquité, voyez-vous, il n’y a ni sentiment de culpabilité ni obligation, et il n’y a ni convention sociale ni pression familiale. Juste les gens que j’aime, et, comme par magie, ils s’entendent tous merveilleusement bien.

Tant d’entre nous essaient d’être partout à la fois. Pourtant, être capable d’être absent est l’un de nos plus grands privilèges.

Trop souvent l’absence est vue comme une douleur. Elle signifie la mort, elle signifie une carence, elle signifie être tout seul, elle signifie qu’il nous manque quelque chose d’essentiel, elle signifie avoir peur. Mais l’absence pourrait bien être l’une des formes d’engagement les plus concrètes : pour aider quelqu’un, on doit se rendre absent pour beaucoup d’autres. Pour véritablement porter assistance aux gens que nous chérissons, on doit manquer à d’autres pendant un moment. Afin de vivre une vie plus longue, on doit malheureusement probablement faire face à la mort de formidables amis et parents. Pour définir ce que l’on veut vraiment, et qui l’on est réellement, on doit être seul, ne serait-ce que spirituellement, au moins pour un temps.

Et pour véritablement vivre ces moments-là, pour être là quand on en a besoin, il nous faut peut-être oublier tout le reste. Oui, tout le reste. Il y a des moments où l’on doit laisser toute peur et tout espoir derrière nous. Pourquoi tout espoir ? Ceci n’est pas un point de vue pessimiste. Pas du tout. Les espoirs, tout comme les peurs, doivent être laissés derrière parfois, pour que l’on puisse entièrement se concentrer sur ce que l’on a, et savoir comment en profiter.

Je sais bien que rêver, c’est merveilleux. Et ça nous aide tous d’espérer que les choses iront mieux. Parfois, cependant, ça n’est pas le cas. Encore une fois, je ne suis pas pessimiste, je suis juste honnête. Dans ce cas-là où les choses ne s’arrangent pas, à votre avis, c’est quoi le mieux ? De se souvenir comme les choses étaient géniales, ou comme les choses étaient… bof… à peu près bien, parce qu’on rêvait alors à autre chose ?

Etre absent peut être l’une des plus puissantes formes de présence. Ne pas espérer quelque chose de mieux peut être un sentiment rempli d’espoir. Et je n’arrive pas à croire à quel point ces dernières phrases ont l’air issues d’un livre de développement personnel en réduc. Je pourrais bien me transformer en licorne rose prochainement. Affaire à suivre…

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Guilt

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I suffer from obsessions. Now if the main obsession was about being good to myself and have fun, it wouldn’t be too much of a problem. Sadly, however, that’s not it.

My obsessions all have something in common: guilt.

So I’m going to save you the trouble of psychoanalysing me from your couch. Yes, catholicism probably didn’t do any good for me in that respect. We’re being taught that we’re responsible for everything. I’m responsible for the death of someone who died 2000 years ago… Now that’s quite a responsibility, you’ll admit it easily, I’m sure.
But it goes further than that, and I’m certainly not saying that all of my guilt obsessions came from any religious background.

As you know, standards are too high everywhere.

The standards and expectations I’d like to focus on first are those associated with work. I see far too many people feeling guilty or ashamed about their professional lives, and the choices they made in that domain.

I’ve seen really clever people worry because they didn’t have a degree, and therefore thought they must be stupid…

I’ve seen people going from award to award, working constantly, never being satisfied with what they had achieved, because guess what? Each time, there’s a new award to compete for…

I’ve seen incredibly strong and smart women feel ashamed for being on maternity leave, or for deciding to be housewives or go part-time, because people would tell them that they didn’t even respect themselves by doing so. ‘How do you dare call yourself a feminist, or even just a ‘modern woman’, if you stay at home?’

I’ve seen guys strongly believing that they’d never find a girlfriend, because they didn’t earn enough for a woman… Even if no woman had ever told them that…

I’ve seen people, whatever their gender, not forgiving themselves for earning a lot less than their partner, even if they loved what they were doing…

I’ve seen close friends and relatives fear that I was judging them because I went to university, and they didn’t. Even if they know me enough to know that I couldn’t care less about whether or not you got a university degree.

And each time I thought: they’re so hard on themselves. They’re the ones who are judging them in such a negative light.

Then one day it was my turn to think that I couldn’t choose my own path because people would think I was an imbecile.

I had a degree, for which I worked a lot, and spent quite a few years of my life. Then I worked in an academic environment. It could have been great, and I know it is for some people, but it definitely wasn’t for me.
Now there I was: me and the outside world.

To me, changing my professional goals was perfectly fine, because I never cared about having a ‘career’. If I wanted to get a career, get promotions and earn a lot, I probably wouldn’t have chosen to study… that’s right, literature.
I studied literature because I thought that on the contrary, what mattered was what you did with yourself when you were lucky enough to choose. Now let me choose between a hundred possibilities, and I’ll always take books. (Okay, and chocolate, sometimes.)

But I was convinced that if I left my job at a university, everyone would say: ‘look at her, this stupid bourgeoise, she can’t even understand how lucky she is. Now she’s done a PhD and she’s gonna leave everything behind just because of… of a guy, probably. I’m telling you, she’s submissive like you wouldn’t believe.’

It took months for me to accept the idea that actually… No one gave a damn about whether or not I worked in academia.

I quit. It was one of the hardest decisions of my life. But also the one I had absolutely no doubt about, once it had been made.

And there they were: other people. So scary with their potential judgements. If I had known for one minute how easy they would make it…

Every single of my friends was happy for me. They said: ‘well if that’s what you want, it’s fantastic!’ And not with the ironic tone that I was expecting, meaning ‘yeaaaaah, if you want your life to be shit, just do it, whatever…’
They truly meant it, when they said it was fantastic to quit a job for… well, nothing, at the time. Work-wise, that is. They all rejoiced for me. They said oh take some time for yourself, you’ll see what’s next.

That’s when I realised the incredible truth: I’m not that important… Don’t get me wrong. I’m not saying this in a bitter say. It’s one of the most liberating thoughts I’ve ever had.

I had always been convinced that if I did something wrong, if my choices were considered bad, people would talk about how stupid I was for hours. That they’ll never forget me. That they’ll still talk about it in years.

Because that’s how the world works, right? People, when they get home, talk about you all the time. When they watch a film, they think about how crap you are. When they have dinner with their partner, they share thoughts on why you should be executed for making a bad decision. And even at night, they dream about your silly face and your career choices.

Well, the most liberating thing I’ve ever seen is that they didn’t give a damn about what I was doing.
And what I mean is that they cared too much about me to care about my choices.

I told them my choice, and they said: ‘great’! Then they went to the movies. Or to play with their dogs. Or to have sex with their lover. And they forgot everything about me. There I was: free from all judgement. Except mine of course. This one takes some time…

So be happy for yourself. Everyone else is too busy having their own life to criticize your own. You’re not that important and that’s the most fantastic news. You’re just unique.


Coupable

Je souffre d’obsessions. Si mon obsession principale consistait à être sympa envers moi-même et à m’amuser, ça ne serait pas vraiment un problème. Malheureusement, cependant, il ne s’agit pas de ça.

Mes obsessions ont toutes quelque chose en commun : la culpabilité.

Alors je vais vous économiser la peine de me psychanalyser depuis votre canapé. En effet, le catholicisme ne m’a sûrement pas beaucoup aidée à cet égard. On nous apprend qu’on est responsable de tout. Je suis responsable de la mort de quelqu’un, qui est mort il y a 2000 ans. Alors ça, c’est de la responsabilité, vous en conviendrez aisément.

Mais ça va bien plus loin que ça, et je ne suis sûrement pas en train de dire que toutes mes obsessions de culpabilité viennent d’un contexte religieux.

Comme vous le savez, on place la barre relativement haut, de partout.

Les exigences et attentes élevées sur lesquelles j’aimerais d’abord me concentrer sont celles qui concernent le travail. Je vois beaucoup trop de gens qui se sentent coupables ou qui ont honte de leur parcours professionnel, des choix qu’ils ont fait dans ce domaine.

J’ai vu des gens vraiment intelligents s’inquiéter de ne pas avoir de diplôme, ce qui signifiait selon eux qu’ils devaient être stupides.

J’ai vu des gens aller de distinction en récompense, travaillant sans relâche, tout en n’étant jamais satisfaits de ce qu’ils avaient atteint, car devinez quoi ? Il y a toujours une nouvelle distinction pour laquelle entrer en compétition.

J’ai vu des femmes incroyablement fortes et intelligentes avoir honte d’être en congé maternité, ou d’avoir choisi d’être femme au foyer ou de travailler à temps partiel, parce que les gens leur disaient qu’elles ne se respectaient même pas elles-mêmes en faisant de tels choix. « Comment oses-tu te dire féministe, ou même te croire « femme moderne » si tu restes à la maison ? »

J’ai vu des gars croire fermement qu’ils ne trouveraient jamais de copine, parce qu’ils ne gagnaient pas assez pour une femme… Même si aucune femme ne leur avait jamais dit ça…

J’ai vu des gens, quel que soit leur genre, ne pas se pardonner de gagner si peu par rapport à leur partenaire, même si elles ou ils adoraient ce qu’elles ou ils faisaient.

J’ai vu des amis ou des parents proches être sûrs que j’étais en train de les juger, juste parce que je suis allée à l’université, et qu’eux non. Même s’ils me connaissaient suffisamment pour savoir justement que je me fiche éperdument qu’on ait ou pas de diplôme.

Et à chaque fois, je me suis dit : ils sont tellement durs avec eux-mêmes. Ce sont eux, ou elles, en fait, qui se jugent si sévèrement.

Et puis un jour ça a été mon tour de penser que je ne pouvais pas choisir le chemin que je voulais prendre parce que les gens penseraient que je suis une idiote.

J’avais obtenu un diplôme universitaire, pour lequel j’avais beaucoup travaillé, et qui m’avait pris plusieurs années. Et je travaillais à la fac. Ça aurait pu être génial, et je sais que pour certains ça l’est, mais ça n’était pas pour moi.

Alors j’en étais là : moi face au monde extérieur.

Personnellement, changer d’objectifs professionnels ne me posait aucun problème, parce que l’idée de ‘carrière’ ne m’avait jamais vraiment intéressée. Si j’avais voulu faire carrière, connaître les promotions et gagner un maximum, j’aurais sûrement choisi autre chose que d’étudier…en effet… la littérature.
J’ai étudié la littérature parce que je pensais au contraire que ce qui comptait, c’est ce qu’on faisait de soi quand on avait la chance de choisir. Je vous le dis : laissez-moi choisir entre cent possibilités, je prendrai toujours les livres. (Bon d’accord, et des fois, le chocolat.)

Cependant j’étais convaincue sur si je démissionnais de mon poste à la fac, tout le monde dirait : « regarde-là, cette connasse de bourgeoise, elle n’arrive même pas à comprendre la chance qu’elle a. Maintenant elle a un doctorat mais elle va se barrer en laissant tout derrière, juste à cause… d’un mec, probablement. Je te le dis, elle est soumise, un truc de dingue. »

Il m’a fallu des mois pour accepter l’idée qu’en fait… tout le monde se foutait de savoir si oui ou non je bosserai dans une université.

J’ai démissionné. Ça a été une des décisions les plus difficiles de ma vie. Mais aussi une dont je n’ai pas douté une seule fois, une fois qu’elle était prise.

Et ils étaient là : les autres. Effrayants, avec leurs jugements potentiels. Si seulement j’avais su comme ils le rendraient facile.

Tous mes amis ont été contents pour moi. Ils disaient : « Ben si c’est ce que tu veux c’est génial ! » Et pas avec ce ton ironique que je craignais de leur part, qui aurait voulu dire « ouais, c’est ça, si tu veux que ta vie ce soit de la merde, vas-y, tu fais ta life. »
Non, ils étaient réellement contents pour moi, que j’aie quitté mon travail pour… en vérité, absolument rien, à l’époque. Professionnellement parlant, je veux dire. Ils se sont tous réjouis pour moi. Ils m’ont dit oui, prends du temps pour toi, tu verras bien ensuite.

C’est là que j’ai compris cette vérité-là : je n’ai pas l’importance que je me donnais. Que ça soit bien clair : je ne dis pas ça de manière amère. C’est l’une des pensées les plus libératrices que j’aie jamais eues.

J’avais toujours été convaincue que si je faisais quelque chose de travers, ou si mes choix pouvaient ne pas être perçus comme étant les bons, les gens passeraient des heures à parler de mon niveau de connerie. Qu’ils ne me pardonneraient jamais. Qu’ils en parleraient encore dans des années.

Parce que c’est comme ça que marche le monde, pas vrai? Les gens, quand ils rentrent à la maison, parlent de nous constamment. Quand ils regardent un film, ils pensent à quel point on est con. Quand ils mangent avec leur partenaire, ils partagent leurs opinions quant à savoir pourquoi on devrait être exécuté pour avoir pris les mauvaises décisions. Et même la nuit, ils rêvent de notre sale tronche et de nos choix de carrière.

Hé bien la chose la plus libératrice que j’ai jamais vue, c’est que les gens se foutent complètement de ce que je fais.

Et ce que je veux dire, c’est que justement je compte suffisamment pour eux pour qu’ils ne comptent pas sur le fait que tous mes choix correspondent à une illusoire perfection.

Je leur ai fait part de mon choix, ils ont dit : « cool ! » Et ils sont allés au cinéma. Ou sont allés jouer avec leur chien. Ou ils ont couché avec leur amant, leur amante. Et ils m’ont complètement oubliée. J’en étais là: libérée de tout jugement. À part le mien, évidemment. Celui-là, il prend un peu plus de temps.

Alors réjouissez-vous. Le reste du monde est trop occupé à vivre sa vie pour critiquer la vôtre. Vous n’avez pas autant d’importance que ça, et c’est formidable. Vous êtes juste uniques.

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